Timbuktu : une histoire magnifique, mêlant humour et poésie, d'Abderrahmane Sissako

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Nous sommes en 2012. La moitié nord du Mali vit alors sous la coupe de leurs lois aussi iniques qu’absurdes (interdiction de fumer, d’écouter de la musique, de jouer au football…). De cette période trouble, Abderrahmane Sissako tire une touchante chronique dont la poésie et l’humour pince-sans-rire font œuvre de résistance au fanatisme religieux.

L’une des forces de son "Timbuktu" est qu’il s'abstient de présenter ces combattants de Dieu en une cohorte unifiée d'hostiles barbus qui n'auraient qu'"Allahou Akbar" à la bouche. Rares sont les productions cinématographiques qui, comme celle du cinéaste mauritanien, donnent en effet à voir des islamistes fondamentalistes dans leur quotidien le plus trivial, sinon le plus médiocre. L’un se cache pour fumer une cigarette, un autre s’entraîne à l’enregistrement de vidéos de propagande en lançant des "Yo, man !" à la caméra. Plus pathétique : ce jihadiste anglophone obligé de s’adjoindre les services de deux interprètes pour annoncer à une mère de famille qu’il s’apprête à marier sa fille de force…

Venant d'horizons différents, les maîtres auto-proclamés de Tombouctou ne maîtrisent effectivement pas tous les langues locales et imposent leurs saugrenus oukases dans un mélange d’arabe, d’anglais, de français et de bambara. Une sorte de novlangue jihadiste qui annihile les nuances et radicalise la pensée. À mille lieues en somme des subtilités du Coran dont ils se prétendent être les gardiens.

Face à cet obscurantisme, Abderrahmane Sissako s'emploie à faire percer la lumière. Le contraste le plus saisissant de "Timbuktu" est celui qui oppose la barbarie aveugle à la puissance poétique de nombre de ses scènes. Tel ce chant qu’entonne une femme sous les coups de fouet de la justice islamique ou cette partie de football sans ballon qu’une bande de jeunes disputent au nez à la barbe des nouveaux garants de l’ordre moral.

Huit ans après le magnétique "Bamako", qui mettait en scène un vrai-faux procès intenté par la société civile africaine au Fonds monétaire international et à la Banque mondiale, le réalisateur mauritanien s’attaque à un autre ennemi du continent et au-delà. Sélectionné en compétition du dernier Festival de Cannes, "Timbuktu" est reparti bredouille de la Croisette. C'était avant que les exactions commises par l'organisation de l'État islamique (EI) en Irak et en Syrie ne fassent la une des journaux. Peut-être le film d'Abderrahmane Sissako aurait-il eu une tout autre résonance auprès du jury cannois.

mercredi 10 décembre 2014

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