Festival de Cannes: « Timbuktu », de Abderrahmane Sissako, en résistance face aux fous de Dieu

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Non loin de Tombouctou tombée sous le joug des extrémistes religieux, une famille vit une vie simple et paisible dans les dunes. En ville, les habitants subissent, impuissants, le régime de terreur des djihadistes qui interdisent la musique et les rires, les cigarettes et le football au nom de dieu…

Des tribunaux improvisés rendent chaque jour leurs sentences absurdes et tragiques. Kidane et les siens semblent un temps épargnés par le chaos de Tombouctou. Mais leur destin bascule le jour où Kidane tue accidentellement Amadou le pêcheur qui s’en est pris à sa vache préférée. Il doit alors faire face aux nouvelles lois de ces occupants venus d’ailleurs…

Ce que j’en pense

On pourra voir tous les matchs de la coupe du monde, cela n’atteindra pas la puissance que dégage la partie de foot sans ballon que filme Abderrahmane Sissako alors que le ballon rond a été confisqué aux gamins par ordre coranique. Scène magique où les enfants se passent du bout du pied un ballon imaginaire qui finira joyeusement au fond des filets. C’est avec une belle intelligence que le cinéaste mauritanien met en scène l’absurdité brutale de djihadistes en contraste avec un Islam modéré. Et dans les intégristes, il y a ceux qui n’ont aucun état d’âme mais aussi des jeunes recrues venues de France notamment, et que l’on sent endoctrinées et fragiles. Entre violence tet poésie, pas de clichés, pas de pathos, juste une larme qui coule sur la joue d’un père qui comprend qu’il ne pourra plus protéger son enfant. Tout en filmant des fous de Dieu qui interdisent, fouettent, prennent en otage, lapident, il baigne son film d’une BO ample et lyrique comme s’il refusait l’interdit. Le film de Sissako se met en résistance avec dignité, rejetant l’affront intégriste avec subtilité, à l’image de cette femme que des djihadistes obligent à porter des gants alors qu’elle vend du poisson. Fatiguée de leurs sentences absurdes, elle offre ses mains à couper car sans main, pas de gant.

Sissako montre l’impensable dans des décors de sable grandioses. Cette poésie accentue le sentiment de brutalité. Au début du film, on voit une jeune gazelle courir affolée dans les dunes car elle est poursuivie par des hommes amés de kalashnikovs. « Ne la tuez pas, épuisez-la », lance un type armé à ses copains tout aussi armés que lui. À la fin du film, c’est une fillette qui court à perdre haleine comme une bête traquée. Entre ces deux scènes, Sissako exprime avec une étonnante douceur les plaies béantes du Nord du Mali, vidé de son humanité par un extrémisme effrayant. Timbuktu s’impose dès lors comme nécessaire. La compétition cannoise débute avec un film fort et bouleversant qui devrait se retrouver au palmarès.

Petit plus

Figure majeure du cinéma africain et un des rares cinéastes d’Afrique noire à avoir une renommée internationale, Abderrahmane Sissako présenta Bamako à Cannes en 2006 hors compétition. Il fut membre du jury en 2007.

jeudi 15 mai 2014

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