L’IDENTITÉ NATIONALE, LA LAÏCITÉ, L’IMMIGRATION ET LA CITOYENNETÉ DANS LES ENJEUX ÉLECTORAUX FRANÇAIS
Par Gilbert Ngijol (Docteur d'Etat)

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Le débat portant sur l’identité nationale, initié à l'époque par l'ancien ministre de l’identité nationale et de l’immigration, en l'occurrence Eric Besson, pendant la période de hautes turbulences politiques liées à la campagne pour les élections régionales de 2010 en France, fut largement battu en brèche, instrumentalisé, et critiqué par tous les leaders politiques dans un esprit peu constructif, et ouvert à toutes les formes de polémiques.

En effet, deux raisons majeures justifiaient à l'époque une telle débâcle ou plus exactement une telle polémique politique :

- Le débat fut introduit en une période de graves acharnements politiques, où tous les coups bas étaient permis ;
- L’insuffisance d’ultimes explications scientifiques du concept identité nationale.

C’est malheureusement dans ces circonstances d’intenses confusions et tribulations politiques et sociales que le concept identité nationale, qui pourtant n’est pas une exception française, fut galvaudé et vidé de sa véritable substance philosophique, anthropologique, historique et politique, pour n’être plus interprété que dans un sens absolument étroit, mais politiquement nuisible. Il ne s’agissait cependant que d’une simple question de sémantique.

C’est ainsi que le défilé du samedi 27 février 2010 à Paris des opposants au concept « identité nationale » et à l’existence même de son ministère, ne fut qu’une parfaite illustration de l’incompréhension et de la détermination des Français hostiles à ce débat de paradoxes et de diverses insinuations.

Finalement, avec la dissolution de cet éphémère ministère tant contesté le 14 novembre 2010, les opposants se contentèrent tout simplement d’avoir gagné provisoirement une bataille, mais pas pour autant une guerre.

Il est fondamental aujourd’hui de préciser qu’il existe encore un dialogue de sourds entre les partisans et les opposants au concept « identité nationale », concept qu’on retrouve pourtant dans plusieurs autres pays du monde, mais sous d’autres appellations, toutes aussi polémiques que délétères.

À titre d’information, rappelons les quelques appellations étrangères du concept identité nationale suivantes, sans que leur énumération soit pour autant exhaustive.
– Ivoirité en Côte d’Ivoire.
– Germanité sous l’Allemagne nazie hitlérienne.
– Zaïrité dans l’ex Zaïre du défunt maréchal Mobutu, devenu l’actuelle République Démocratique du Congo.
– Gabonité au Gabon.
– Camerounité au Cameroun etc.

Le seul et unique objectif de toutes ces appellations, est d’établir une nette distinction entre les citoyens autochtones, descendants historiques des premiers bâtisseurs de la Patrie, et les autres citoyens, descendants de nouveaux ancêtres d’origine étrangère, mais ayant eux-aussi contribué à la constitution et à la consolidation de la nation, dans le strict respect de la culture et des mœurs des anciens bâtisseurs autochtones.

Dans cette perspective, il s’avère que le mot patrie ne puisse correspondre exclusivement et à juste raison, qu’aux seuls citoyens autochtones, la patrie se définissant dans ce cas comme la terre naturelle et légitime de leurs seuls ancêtres.

L’appartenance à une patrie revêt ainsi une signification historique, symbole du sacrifice des ancêtres qui furent d’une part les premiers occupants du sol, et d’autre part les premiers créateurs de la nation. Sous cette approche, chaque homme n’aurait objectivement qu’une seule patrie qui est le pays de naissance de ses ancêtres, et plusieurs pays d’adoption par le bais des naturalisations successives possibles.

D’où l’importance aujourd’hui des conflits raciaux autour des phénomènes migratoires dans un monde qui tend à la globalisation. Ces conflits s’illustrent régulièrement par d’incessantes poussées des réflexes identitaires émanant des citoyens autochtones dans tous les pays, industrialisés ou non. Il ressort de ce premier constat que la France n’a le monopole, ni de ce phénomène, ni de ces réflexes identitaires tant décriés plus particulièrement par les populations de la diversité d’origine arabe et noire.

Il importe cependant de rappeler sur ce point précis que n’étant naturellement pas issus d’une même sphère géographique et n’ayant par conséquent pas les mêmes cultures, les citoyens d’un pays ne peuvent faire montre d’un engagement patriotique identique et dès lors, parler de l’égalité de tous devant la loi relève d’une pure utopie. Bref, les citoyens ne peuvent avoir ni la même histoire, ni les mêmes sensibilités patriotiques vis-à-vis de la nation ou de la patrie.

Dans cette perspective réaliste, la périphrase « mes chers compatriotes » que nous retrouvons de manière récurrente dans les discours politiques totalitaires et parfois destructeurs des uns et des autres, connote un leurre ou tout simplement une tournure démagogique, étant donné la méfiance objective et légitime des populations autochtones par rapport à celles d’origine étrangère nouvellement naturalisées, et insuffisamment ou mal intégrées dans le système national.

Malheureusement, cette situation, pour le moins dramatique débouche fatalement sur une problématique de l’identité nationale qui, loin d’être considérée par les uns et les autres comme une insulte ou une arme exclusivement dirigée contre les seules populations françaises issues de la diversité, devrait aussi être perçue comme une école républicaine d’apprentissage de la citoyenneté. Une école où on inculque des notions élémentaires de patriotisme, de respect des valeurs culturelles ancestrales essentielles. Ces notions qui justement demeurent référentielles et permettent d’identifier historiquement une nation ou une patrie ainsi que ses diverses évolutions dans le temps et dans l’espace.

De notre point de vue, nous pensons qu’il serait plus sage aux populations françaises issues de l’immigration et désirant vraiment s’intégrer dans le système national, de se rappeler sans complexe que dans tous les pays du monde, c’est l’étranger c’est-à-dire celui qui quitte ou qui abandonne volontairement ou non son pays d’origine, qui se soumet aux valeurs culturelles du pays d’accueil. Il ne revient donc pas à l’autochtone qui accueille de se soumettre à la culture de l’étranger, sauf dans le cas de la colonisation, une situation exceptionnelle où tout est importé et imposé par la contrainte. Pour l’heure, nous sommes loin de penser que ce soit le cas pour la France qui plutôt, accueille et intègre.

À partir de cette vérité universelle, il s’ensuit que le Français de la diversité qui remplit effectivement toutes les conditions d’intégration et qui finalement s’intègre, sera en totale contradiction avec sa propre logique, en refusant en même temps son assimilation progressive dans la magma culture nationale. Il convient surtout de bien faire attention au sens des mots car sur ce point précis, nous retrouvons toutes les confusions idéologiques, l’intégration n’étant pas synonyme d’aliénation culturelle. Elle est plutôt une opération par laquelle un individu ou un groupe s’incorpore à une collectivité ou à un milieu. Il s’agira dans ce cas d’une intégration soit économique, soit politique, soit culturelle, soit sociale, soit raciale ou autre.
Certaines populations issues de l’immigration continuent, hélas, de donner comme impression qu’elles n’auraient que des droits à revendiquer, et jamais d’obligations vis-à-vis du pays d’accueil qui les accepte, les adopte aussi généreusement, et les intègre finalement en dépit des multiples difficultés économiques et politiques évidentes.

Démagogie à part, au nom de quelle logique humaine un citoyen autochtone et ceci dans n’importe quel pays du monde, accepterait que les mœurs, les coutumes, les cultures et les lois des citoyens d’origine étrangère viennent ainsi brutalement rivaliser, dominer, voire détruire les siennes ? Un tel événement s’il venait vraiment à se produire, ne briserait-il pas tous les repères historiques du nationalisme et du patriotisme ? N’affaiblirait-il pas du coup toutes les structures économiques, politiques et sociales par l’anéantissement de la conscience nationale celle qui justement, s’appuie quand même sur quelque chose d’historique et d’affectif ?

Nous rappelons à cet effet, en annexes, quelques repères qui font de la France une nation démocratique, un pays des droits de l’homme et de liberté.

Depuis 900 ans avant Jésus-Christ, année de l’invasion de la Gaule par les Celtes jusqu’en 1958, date de la proclamation de la Ve République, la France a connu plusieurs événements qui ont largement contribué à bâtir la grande nation démocratique et économique qu’elle est aujourd’hui.

Ces événements historiques sont une source d’inspiration patriotique et de références citoyennes pour les générations françaises. Autant de moments historiques glorieux ou non mais qui cependant, rappellent et rappelleront toujours aux décideurs institutionnels français des nouvelles générations, les parcours de leurs ancêtres, face aux différentes épreuves et difficultés qu’ils eurent à affronter à leur époque avec plus ou moins de courage, mais toujours avec détermination juste pour bâtir et asseoir une nation.

En effet, il ne s’agit là que de quelques références sur le dévouement, le patriotisme, et le sacrifice au plus haut niveau, lesquelles ne sont incarnées pour l’instant en France que par le seul Général Charles de Gaulle. D’où l’appellation politique de gaullisme, synonyme de l’acceptation du sacrifice pour la patrie, une qualité que revendiquent très souvent à tord ou à raison certains leaders des multiples partis politiques français, notamment en période électorale quand il faut se positionner pour mieux convaincre et récolter ainsi le maximum des voix des électeurs.

La citoyenneté constitue le socle même de la culture politique française. C’est à travers elle que s’illustrèrent les noms des personnalités historiques de la nation, pour ne citer que :
– Montesquieu, Jean Jacques Rousseau, Voltaire et d’autres pour leur apport en idées philosophiques.
– Mirabeau, l’abbé Grégoire, le pasteur Rabaud Saint Etienne, le duc de Levis Mirepoix, Lafayette, Sieyès, Mounier, Champion de Circé, Robespierre, Danton, Marat et d’autres, pour leurs idées politiques.

Il reste que l’engagement et le patriotisme de toutes ces personnalités contribuèrent à la victoire de la révolution de 1789 et à la proclamation de la République française en 1792. Ces mêmes qualités favorisèrent par la suite la déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789, placée en tête de la constitution de 1791 notamment son article premier, stipulant que les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits, les distinctions sociales ne pouvant être fondées que sur l’utilité commune.

Est-il encore nécessaire de rappeler que les pionniers de ces reformes payèrent un très lourd tribut avant leur aboutissement, s’il ne faut évoquer que le cas des multiples victimes de la guillotine, ou le grand massacre lors des manifestations contre certaines reformes du 17 juillet 1791 au Champ-de-Mars à Paris ?

L’autre vérité est aussi que ni les pionniers de ces reformes qui ponctuèrent toutes les évolutions politiques françaises jusqu’à la proclamation de la République, ni les victimes réfractaires aux réformes, n’étaient ni Noirs, ni Arabes, mais simplement et tout simplement Français de souche ou « autochtones ».

Aujourd’hui, beaucoup de ces Français d’origine « autochtone » refusent, et à raison peut-être, de mettre purement et simplement cette riche et glorieuse étape ou phase historique de leur pays dans le compte pertes et profits. Ils préfèrent ainsi marquer leur différence avec les Français non autochtones ou de la diversité, dont certains veulent absolument imposer leurs points de vue à l’égalité, oubliant parfois naïvement que pour beaucoup parmi eux, viennent des pays parfois totalitaires et sanguinaires, où ils n’avaient même pas droit à la parole.

C’est notamment le cas pour :
Le député socialiste Georges Frêche qui estimait déjà de son vivant que certains Harki étaient des sous-hommes, et qu’il y avait un peu trop de Noirs et d’Arabes dans l’équipe nationale française de football.

Mais c’est aussi le cas d’autres personnalités, pour ne citer que l’ancien Président du Front national Jean Marie Le Pen qui pour sa part, déclare avoir honte chaque fois qu’il voit un surnombre de joueurs arabes et noirs évoluer dans cette même équipe nationale française de football.

Dès lors, la déclaration de l’ancien ministre de l’immigration et de l’identité nationale Eric Besson au cours du débat télévisé de la chaîne Parlementaire du 16 décembre 2009, affirmant sans ambages que « la France est une terre d’immigration, de brassage et d’intégration historique, et qu’aucun Français n’est de souche », s’avère décalée, voire, contradictoire par rapport à la vision actuelle de beaucoup d’autres Français « autochtones ».

En effet, si aucun Français n’est de souche, tous les Français n’ont malheureusement pas la même souche et aujourd’hui, beaucoup parlent plutôt des Français autochtones, descendants directs des bâtisseurs historiques de la nation. Parmi ces derniers, certains estiment actuellement que la France est un pacte social solennel, signé depuis la proclamation de la première République en 1792. Cette première catégorie de Français affirme en outre sa différence avec les Français de la diversité issus de l’immigration, quelle qu’en soit sa nature.

Mais les Français issus de l’immigration constitueraient-ils pour autant un obstacle ou un handicap majeur à l’épanouissement et au rayonnement économique, politique, social et culturel de la France, quand on connaît l’apport de certains de ces Français dans tous les secteurs d’activités nationales ? Bien sûr que non et alors, pourquoi ces Français de la diversité se culpabilisent-ils eux-mêmes aussi inutilement, dans un débat qui en réalité, se rapporte historiquement et globalement à une nation, et non juridiquement à une catégorie de personnes en particulier, aux Noirs et aux Arabes qui s’agitent plus particulièrement, chaque fois que l’on parle de l’immigration ?

Ne trouve-t-on pas des Français de la diversité d’origine arabe et noire bien intégrés dans le système national ? En outre, les Arabes et les Noirs seraient-ils les seules composantes des populations de la diversité française ?

Le vrai problème aujourd’hui, comme le reconnut auparavant l’illustre pasteur Martin Luther King, est qu’aucune nation ne naît grande, les grandes nations sont l’œuvre de leurs citoyens. Dès lors, reconnaissons que la France n’a pas encore cessé de grandir, et qu’elle grandira encore plus avec la contribution et l’effort de tous ses citoyens d’origine autochtone ou non.

C’est la grande innovation de son identité nationale, une identité auparavant intangible et immuable dans la conception de ses valeurs, de ses croyances et de ses mœurs ancestrales mais qui dorénavant, devra inévitablement évoluer sous la dynamique des nouvelles exigences économiques, sociopolitiques, géopolitiques et géostratégiques d’un monde désormais unipolaire et globalisé.

Faudra-t-il encore rappeler ici que le concept d’identité nationale n’est ni palpable, ni visible, mais tout simplement ressenti et vécu ? L’identité nationale ne s’applique ainsi institutionnellement qu’aux seuls États qui disposent d’un territoire géographiquement délimité, avec des frontières internationalement reconnues. Ces États sont par ailleurs dotés d’institutions politiques stables, expression vivante de leur histoire et de leur existence.

S’agissant par ailleurs du second débat toujours initié par le même ancien ministre de l’immigration Eric Besson en avril 2010 et portant cette fois-ci sur l’identité de l’Europe toute entière, ce débat comme le premier était lui aussi mal engagé. Il ne pouvait conduire qu’aux graves confusions idéologiques et politiques beaucoup plus complexes, faute d’explications scientifiques appropriées.

Cette brève mise au point nous a semblé un préalable, avant de nous étendre sur le véritable concept de l’identité nationale française, un concept transversal à l’immigration, à la laïcité, à la citoyenneté et à toutes les autres petites querelles byzantines qui pimentent actuellement l’actualité politique française.

mardi 12 novembre 2013

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