Point de vue: Critique de la raison nègre, le dernier opus d’Achille Mbembé
Par Michel Lobé Etamé

Envoyer
Imprimer Commentaires - Ajouter0 2008 Diminuer la taille de la police Augmenter la taille de la police
#####
 

D’emblée, je dois avouer que je n’ai pas encore lu le dernier ouvrage du politologue camerounais Achille Mbembé : Critique de la raison nègre. Mais, les extraits dont j’ai pris connaissance et la critique me rappellent, à s’y méprendre, l’œuvre de Kant dans l’Europe du 18ème siècle où la société avait créé une couche sociale condamnée d’avance. C’est le sort réservé aux Noirs depuis l’esclavage à nos jours.

La perception que nous avons de l’humain est en étroite relation avec la culture occidentale qui croit avoir le devoir de penser et d’agir pour l’homme noir. La couleur n’est donc rien d’autre que ce que voit l’œil. Concernant les êtres humains, ces couleurs ont été définies pour stratifier les origines de l’être humain par rapport à sa position géographique. Le Noir, « être inférieur » hérite des qualificatifs les plus singuliers. Il n’est donc pas étonnant que chez les occidentaux et chez les arabes, le Noir soit synonyme d’infériorité dans toutes ses composantes. Faut-il donc s’étonner quand des philosophes, à l’image de Pascal Bruckner, voient d’un mauvais œil toute forme de remise en cause du système actuel ?

Dans » Le sanglot de l’homme blanc », essai polémique, Pascal Bruckner s’élève contre le sentimentalisme tiers-mondiste qui selon son auteur, se complait à une auto culpabilisation à bon compte. Il nous recommande de subir en silence.

Pour Pascal Bruckner, le Tiers-monde est un peuple arrêté dans son évolution, imperméable à la raison et incapable de diriger ses propres affaires. D’où la présence effective et permanente du colon après les indépendances dans les états africains.

La « Critique de la raison pure » de Kant a révolutionné la philosophie en nous engageant dans le travail du deuil de la vérité absolue. Le réel, tel qu’il est et qu’il apparaît dans la culture occidentale, n’est qu’un ramassis de mensonge cultivé et enseigné pour justifier le comportement scélérat de l’occident vers les autres peuples.

Achille Mbembé porte un jugement sévère sur le capitalisme qui est un instrument qui a contribué à tenir le Noir au bas de l’échelle sociale. Mais, ce jugement est sans aucun doute réducteur car il n’est que la partie émergée de l’iceberg. En effet, d’autres comportements ont contribué à façonner le Noir et l’ont maintenu sous la domination qu’il subit tous les jours. C’est le cas de la religion et de la langue.

La modélisation du Noir s’est faite en trois étapes :

- l’esclavage par la force et les humiliations
- La colonisation par le formatage de l’esprit
- Les indépendances par la soumission

L’objectif recherché par les colons n’était pas de « pacifier » notre continent, mais de nous rendre dépendants éternellement. Ils nous ont imposé une nouvelle culture qui a rejeté nos dieux, nos icônes, nos cultures, nos langues et nos identités. Nous sommes devenus chrétiens, juifs ou musulmans. Nous nous sommes reniés et nous avons aujourd’hui la « fierté » d’appartenir à un monde moderne où nous demeurons des exclus. L’occident pense pour nous et nous fidélise. Le monde arabe nous maintient dans l’esclavage et nous participons au djihad qui est une guerre loin de nos préoccupations.

Quelles solutions ?

La « Critique de la raison nègre » d’Achille Mbembé est un cri de cœur et de raison et non un appel à la révolte. Elle réveille nos consciences endolories et stériles. Nous devons prendre conscience que esprits bougent. Ils évoluent pour le bien être de l’humanité. L’homme noir a sa place dans le monde qui se dessine. Mais, il doit revendiquer sa place comme le font les asiatiques, les hindous ou les arabes. La domination de l’occident sur les autres peuples réveille les consciences et pousse à l’émergence de nouveaux équilibres. Pourquoi l’homme noir n’en profiterait-il pas ?

Le combat que nous devons mener nous concerne. Nos esprits ont été formatés pour obéir consciemment ou non à la pensée occidentale. Nous devons remettre en question les fondements suivants: religion, langues et autres cultures… C’est dans ce concert de fausses notes que l’Union Africaine a un rôle à jouer. Pour y parvenir, l’africain doit renoncer aux privilèges superficiels dont il est prisonnier. Sommes-nous prêts à ces reniements ?

La démarche d’Achille Mbembé est légitime et interpelle tous ceux qui continuent à s’interroger sur la passivité de l’homme noir depuis des siècles. Notre prison dorée se traduit par les religions, les langues, les monnaies et les cultures qui ne sont pas les nôtres et qui nous maintiennent dans l’aliénation la plus absurde. Nous sommes enclavés aujourd’hui par des barrières invisibles des obédiences qui, sous forme d’œuvres de charité, nous confinent à la perte de notre identité et à la servitude. C’est le rôle que joue de nos jours l’appartenance à la franc maçonnerie, à la rose croix et à toutes ces organisations non gouvernementales (ONG) dont les maîtres sont en occident et qui ne servent que les intérêts extérieurs.

L’œuvre d’Achille Mbembé est louable. Elle est recommandée et nous rappelle sans cesse que nous sommes plus que jamais les damnés de la terre.





vendredi 1 novembre 2013

Dans la même catégorie

Commentaires

Nom / Prénom / Pseudo
*
Votre email
*
Votre commentaires*
Le formulaire est verrouillé..
Cliquez ici pour désactiver la sécurité du formulaire

 


EBANDA Manfred 1935 - 2003 - Compilations 2013 des plus belles reprises d'AMIE (AMI OH) en téléchargement Henry Njoh en téléchargement Dina Bell en téléchargement Charles Lembe en téléchargement Album Micheline Ewang - Dissongo en téléchargement Ben Decca en téléchargement
Newsletter
The Very Best of - Bell'A NJOH en téléchargement