REMEMBER RUBEN UM NYOBE

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Il y a 63 ans, le 13 septembre 1958, le résistant anticolonialiste camerounais, Ruben Um Nyobé, tombait sous les balles de l’armée d’occupation française. Ce panafricaniste de première heure laisse un héritage que ses successeurs ont bradé, trahissant le combat légitime que ce digne enfant de l’Afrique menait pour libérer son pays, le Cameroun.


Ruben Um Nyobé, un assassinat programmé

Né voici un siècle, le militant camerounais, président de l’Union des populations camerounaises, demeure une figure emblématique de la lutte pour une indépendance authentique des peuples africains. Il a été exécuté le 13 septembre 1958 par l’armée française.

La plus longue « pacification » de l’histoire coloniale française demeure méconnue par l’essentiel de l’opinion hexagonale. Ni la guerre d’Indochine, ni la guerre d’Algérie, ce fut ce qu’il faut bien appeler la guerre du Cameroun, amorcée en 1955 avec l’interdiction de l’Union des populations camerounaises (UPC) par le gouvernement Edgar Faure, intensifiée trois ans plus tard par le pouvoir gaulliste après l’exécution sommaire du secrétaire général de l’UPC, Ruben Um Nyobé, poursuivie après « l’indépendance » octroyée de 1960 sous prétexte de coopération militaire avec le gouvernement d’Ahmadou Ahidjo, lequel n’avait rien à refuser à Paris qui l’avait choisi et mis sur orbite.

L’exemple type du dirigeant néocolonial sélectionné par l’ex-puissance métropolitaine soucieuse de maintenir son emprise sur un pays auparavant soumis à son pillage direct. Un homme aux ordres qui, dûment encadré par les « conseillers » français, mena une répression impitoyable contre son peuple jusqu’en janvier 1971, lorsque fut publiquement exécuté, au terme d’une parodie de procès, Ernest Ouandié, devenu président du Parti nationaliste camerounais, toujours contraint à la clandestinité. Dernière guerre coloniale avec le conflit algérien dont elle fut contemporaine, elle fut aussi et indissociablement la première intervention néocoloniale annonçant et préparant toutes celles qui allèrent suivre dans les périodes ultérieures.

Né voici un siècle, ¬Ruben Um Nyobé demeure pour les progressistes africains une figure emblématique de la lutte de libération nationale, à l’instar du Congolais Patrice Lumumba. Évoquant sa première apparition sur le devant de la scène politique, le 18 octobre 1945 (jour où il est nommé secrétaire général adjoint de la confédération syndicale USCC), l’écrivain Mongo Beti le désigne comme « l’homme qui va donner une âme à son pays » (1)… Ce rôle d’éveilleur des consciences est confirmé par l’universitaire Kangue Ewane : « Quand je suis arrivé en pays bamiléké, Ruben Um Nyobé y effectuait ses premières actions de sensibilisation. Il nous disait : “Vous êtes des esclaves inconscients”…

À cette époque, le Blanc, on ne le regardait même pas en face (…). Mettez trois faits côte à côte – Diên Biên Phu, l’Algérie, le Cameroun – et tout s’éclaire. C’est au moment de Diên Biên Phu que l’UPC a commencé de se faire pleinement entendre. Que le discours d’Um Nyobé sur la réunification d’abord ¬(colonie allemande avant 1914, le pays demeurait divisé en une partie sous domination anglaise et une sous domination française – NDLR), l’indépendance ensuite, a commencé de polariser l’attention des Camerounais. Les Français ont fait au Cameroun ce qu’ils ont fait en Indochine, c’est-à-dire la guerre. » (2)

13 septembre 1958, une patrouille du BTC1 investit la forêt de Boumnyebel, village natal de Ruben en plein pays bassa (Sanaga-Maritime), abat le secrétaire général qui y avait trouvé refuge après l’interdiction de l’UPC, sa belle-mère Ruth, Pierre Yem Mback et Jean-Marc Poha. Le groupe ne détenait aucune arme, ce que l’officier français commandant la patrouille savait, tout indiquant qu’il opérait à la suite d’une dénonciation. Ce fut un acte décidé en haut lieu, juge Abel Eyinga (3) ; selon lui, un faisceau de facteurs objectifs (efficacité des techniques françaises de contre-guérilla, délation, chasseurs de primes…) avait conduit à la localisation de Ruben Um Nyobé par l’armée coloniale assez longtemps avant le 13 septembre. Les militaires n’auraient eu l’ordre que de garder sa trace dans le collimateur. Jusqu’au jour où l’ordre fut donné de le supprimer…

Expatrié français spécialiste des travaux publics, Stéphane Prévitali, qui connaissait Ruben Um Nyobé, rappelle que l’assassinat fut précédé de rumeurs faisant état d’une prime pour la dénonciation de ce dernier. « Je comprends que cette prime est un appel à la trahison pour un assassinat programmé. Cette prime, dont le montant n’est pas précisé, mais que la rumeur dit être “vraiment trop”, ne peut être qu’une prime d’abattage », écrit-il avant de donner son analyse : « La mort du leader avait été programmée dès son refus de rentrer dans la légalité lors de la mission officieuse de Mgr Mongo dans le maquis d’Um Nyobé, en octobre 1957 ; mission demandée par le haut-commissaire Pierre Messmer, à l’insu du premier ministre d’alors, André-Marie Mbida (…).

Depuis la mise en place, par le gouvernement Ahidjo, d’une campagne dite de “réconciliation” au sein de l’ethnie bassa dans toute la Sanaga, la mort d’Um Nyobé était devenue une sorte d’hypothèque à lever » (4).

Avant « l’indépendance », la reconquête… Dans son bulletin pour le troisième trimestre 1958, le service de sécurité français avait ce commentaire révélateur : « La mort d’Um Nyobé et le courant de ralliements qui l’a suivie en Sanaga-Maritime ont détendu grandement l’atmosphère dans cette région (…).

Une certaine tension s’est par contre manifestée en pays bamiléké (mais) les coups qui ont été portés par l’armée aux rebelles de l’UPC, conjugués avec la nouvelle politique française préconisant l’indépendance du Cameroun en 1960, ont, là aussi, isolé en grande partie le courant extrémiste du nationalisme appuyé par le PC et le nassérisme au bénéfice du nationalisme légal (souligné dans le texte). » Rédigeant le troisième tome de ses Mémoires, Michel Debré écrit froidement qu’à l’approche de l’échéance prévue pour l’indépendance officielle du Cameroun, il avait pris la décision « d’entreprendre une véritable reconquête »… Une expression qui en dit long sur la « décolonisation » française : reconquérir pour pouvoir octroyer l’indépendance !

(1) Main basse sur le Cameroun, de Mongo Beti (La Découverte, 2003). Livre interdit en 1972 par Raymond Marcellin sur la suggestion de Jacques Foccart.
(2) Kamerun, l’indépendance piégée, cosigné par Jean Chatain, Augusta Epanya et Albert Moutoudou (l’Harmattan, 2011).
(3) L’UPC, une révolution manquée ?, d’Abel Eyinga (Chaka, 1991).
(4) Je me souviens de Ruben, de Stéphane Prévitali (Karthala, 1999).

lundi 13 septembre 2021

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