Le boycottage publicitaire et la colère contre Facebook s’amplifient
AFP

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Les associations à l’origine du vaste boycottage publicitaire contre Facebook sont sorties « déçues » d’une réunion avec ses patrons et encore plus déterminées à galvaniser les centaines de marques qui demandent au réseau social de mieux lutter contre les contenus haineux et nocifs.

« Je suis très déçue que Facebook continue de refuser de se montrer responsable vis-à-vis de ses utilisateurs, de ses annonceurs et de la société en général », a assené Jessica Gonzalez, co-présidente de l’association Free Press, après l’entretien en visioconférence avec Mark Zuckerberg, le fondateur et PDG, et sa numéro deux Sheryl Sandberg.

« J’espérais voir de l’humilité et une réflexion profonde sur l’influence disproportionnée de Facebook sur l’opinion publique, les croyances et les comportements, ainsi que sur les nombreux torts qu’il a causés dans la vraie vie. Au lieu de quoi nous avons eu droit à plus de dialogue et pas d’action », a continué Mme Gonzalez dans un communiqué.

Les organisateurs ont promis que le boycottage déjà suivi par près de 1000 entreprises — dont Adidas, Levi’s, Coca-Cola, Starbucks… — allait continuer tant que Facebook ne prendrait « aucun engagement à agir » contre les contenus qui promeuvent le racisme, la discrimination et la haine.

Le mouvement #stophateforprofit a été lancé il y a quelques semaines par des organisations de défense des droits civiques des Afro-Américains et contre l’antisémitisme, sur fond de manifestations contre le racisme et les violences policières dans tout le pays.

La route est longue

Elles réclament notamment un poste de référent sur les droits civiques chez Facebook, des audits, des remboursements aux annonceurs dont les pubs ont côtoyé des contenus qui ont ensuite été retirés, la création d’équipes d’experts du harcèlement en ligne ou encore le retrait de tous les groupes publics ou privés qui traitent de suprématie blanche, d’antisémitisme, de théories du complot violentes, de négationnisme, de désinformation sur les vaccins et de climato-sceptisme.

Facebook a de son côté mis en avant tous les efforts entrepris depuis plus de deux ans en termes de modération des contenus problématiques et de lutte contre la désinformation.

Les associations « veulent que Facebook soit débarrassé des contenus haineux et nous aussi », a déclaré un porte-parole du géant californien après la réunion.

« Nous avons investi des milliards en personnel et technologie pour y arriver. Nous avons créé de nouveaux règlements pour interdire les interférences avec les scrutins ou le recensement et nous avons lancé la plus importante campagne d’information sur les élections de l’histoire américaine ».

Les quatre associations espéraient un retour sur leurs recommandations, présentées à Facebook « il y a 3 semaines ».

Mais « nous n’avons rien eu du tout », a déploré Jonathan Greenblatt, le patron de la Anti-Defamation League.

« Ils ont parlé de “nuance” […], ils nous ont dit qu’ils étaient “en chemin”, qu’ils s’amélioraient, qu’ils y étaient presque », a-t-il raconté lors d’une conférence de presse.

« Mais Starbucks ne dirait pas : “nous sommes en bonne voie, 89 % de nos cafés ne contiennent pas de toxines” ! ».

« Pupilles vissées »

Les organisations veulent remettre en cause le modèle économique de Facebook, fondé sur le ciblage publicitaire à très grande échelle. « Leur cœur de métier c’est de garder nos pupilles vissées à leur plateforme », s’est indignée Jessica Gonzales.

Elles reprochent au réseau de n’agir que sous pression externe, et souvent quand c’est trop tard.

Les violences contre les Rohingya au Myanmar (alimentées par des discours de haine non régulés sur la plateforme il y a plus de deux ans) et la mouvance d’extrême droite américaine « Boogaloo » dont les adeptes lourdement armés ont tenté à plusieurs reprises de perturber les récentes manifestations antiracistes ont notamment été évoquées.

Fin juin, le réseau social au 1,73 milliard d’utilisateurs quotidiens a banni les groupes « Boogaloo ».

Facebook doit aussi publier mercredi le troisième et dernier volet d’un audit sur les droits civils, lancé en mai 2018.

Avant la rencontre, Mme Sandberg s’était dite consciente de l’importance de ce qui est en train de se jouer.

Sur sa page Facebook, elle a noté que la téléconférence se tenait « dans le contexte de ce qui est peut-être le plus important mouvement social dans l’histoire des États-Unis, et la meilleure — et peut-être la dernière — chance pour notre nation d’agir contre le racisme qui imprègne notre pays ».

mercredi 8 juillet 2020

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