FRANCE: Un appel à la décolonisation culturelle
AFP

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L’Afrique n’a pas été épargnée par le mouvement mondial de déboulonnage des statues. À l’appel du controversé Kemi Seba, les noms de rues coloniaux ont commencé à être effacés dans les rues africaines… avec récompense de 10 000 euros à la clé !

L’affaire a fait du bruit sur le continent. Mais ce n’est pas la première fois que le journaliste, polémiste et militant franco-béninois de 38 ans fait parler de lui. Son intransigeance et ses coups d’éclat dérangent. Mais la jeunesse africaine aime ce phénomène médiatique, qui revendique près de 700 000 abonnés sur sa page Facebook. Alternatif ou radical ? C’est selon. Mais on était curieux d’entendre cette nouvelle voix du souverainisme africain, alors que la question du racisme, de l’esclavage et de la décolonisation continue d’occuper l’espace public.

Vous avez lancé récemment une campagne de décolonisation des noms de rues africaines. Pourquoi ?

C’est une hérésie, au XXIe siècle, qu’on trouve encore sur nos rues des noms de colonisateurs et de personnes qui ont participé à notre oppression. Ça n’a pas d’intérêt ni de légitimité historique. On s’est dit qu’il était plus que jamais nécessaire de les faire disparaître de manière symbolique.

À quels noms pensez-vous en particulier ?

Je pense à des gens comme de Gaulle, Gallieni ou le comte de Brazza, qui a donné son nom au Congo-Brazzaville. Ces gens sont peut-être des héros pour la France, mais ils ont été des bourreaux pour l’Afrique. Le néocolonialisme que nous vivons aujourd’hui part de de Gaulle, avec la Françafrique… Je ne peux pas en vouloir au vainqueur d’écrire son histoire. Mais il arrive un temps où notre peuple doit réécrire sa propre histoire sans demander l’autorisation.

Vos offrez 10 000 euros à la personne qui « effacera » le plus de noms de rues coloniaux. Ça ressemble à une invitation au vandalisme…

Ce serait un appel au vandalisme si on était dans une optique de détruire quelque chose qui est du domaine du patrimoine historique et culturel de nos populations. Mais ça, c’est un patrimoine exogène, pas endogène. C’est enlever un corps étranger qui symbolise notre assujettissement.

C’est un devoir civique, pas du vandalisme.

Vous avez fondé l’ONG Urgences panafricanistes. Quelle est sa mission ?

On développe des programmes sociaux dans différents pays d’Afrique francophone et des Antilles. Mais on nous connaît le plus sur la question de la souveraineté. Les indépendances africaines n’ont été que des indépendances de façade. Elles ont été le fruit d’un certain nombre d’accords de décolonisation et de coopération, avec la France notamment, qui ont prolongé le processus colonial sous une autre forme. Toutes ces multinationales qui exploitent nos ressources sont liées, d’une façon ou d’une autre, à l’oligarchie française. L’objectif est d’arriver à un stade de souveraineté économique, politique, culturelle pour nos États. Il ne faut plus s’appuyer sur des vestiges coloniaux pour exister.

C’est pour dénoncer ces vestiges coloniaux que vous avez brûlé un billet de 5000 francs CFA (monnaie unique d’Afrique de l’Ouest), il y a trois ans ?

Le franc CFA est l’ultime vestige du colonialisme en Afrique francophone. On savait, en brûlant ce billet devant les médias, que ce serait un électrochoc qui pousserait au débat vis-à-vis des questions de souveraineté. Il y a des problèmes vitaux liés à cette monnaie. Elle a entraîné une faiblesse des échanges entre les économies de la zone franc. Parce qu’il est arrimé à l’euro, le franc CFA est aussi une monnaie beaucoup trop forte pour nos économies locales…

Ce geste vous a valu d’être poursuivi au Sénégal. Pourtant, cinq mille francs CFA ne valent que 7 euros (environ 11 $CAN)…

Je suis interdit d’entrée dans quatre pays pour cette raison : la Côte d’Ivoire, le Sénégal, le Togo, le Mali… Ils disent que je suis une menace pour leur république à cause de ce geste, parce qu’ils ont peur du nombre de gens qu’on réunit en Afrique.

Une nouvelle monnaie unique, l’éco, doit remplacer le franc CFA dans une dizaine de pays d’Afrique de l’Ouest. Est-ce une amélioration, selon vous ?

L’éco est une escroquerie. Ils enlèvent soi-disant le représentant de la Banque de France de nos instances. Et ils arrêtent soi-disant les comptes d’opération (les réserves communes des pays membres, auparavant gérées par le Trésor français). On peut considérer ça comme une victoire symbolique. Par contre, il y a toujours le taux de parité fixe vis-à-vis de l’euro. C’est un problème fondamental.

Restons dans l’actualité. Vous n’avez pas eu des mots tendres à l’endroit du mouvement Black Lives Matter. Ça semble étonnant.

Soyons clairs. J’ai une solidarité aveugle, illimitée, vis-à-vis de ma population installée aux États-Unis. La négrophobie est une souffrance qui existe. Mais Black Lives Matter n’est pas un mouvement. C’est un hashtag. Une appellation médiatique. La négrophobie a été instrumentalisée par les médias et la gauche américaine pour servir leur propre combat politique contre Donald Trump. Ce n’est pas un [programme] qui va dans le sens de l’autodétermination de nos populations. Il nous pousse au contraire à entrer dans un processus de victimisation.

Vous êtes populaire auprès d’une frange de la jeunesse africaine. Vous êtes aussi très controversé. Vous ne mâchez pas vos mots. Vos actions peuvent choquer. Votre page Wikipedia vous décrit comme un « racialiste », un « raciste anti-Blancs » et un « suprémaciste noir ». Vous répondez quoi ?

En France, je suis encore diabolisé par les élites. Mais ce qui est marrant, c’est qu’en Afrique, même si je suis combattu par certains dirigeants, on me voit pour ce que je suis, en l’occurrence un militant panafricaniste. Quelqu’un qui défend le droit de nos populations à décider de leur propre destinée. C’est l’opposition de deux mondes. J’ai commencé mon militantisme avec la Nation of Islam. J’étais au départ plus offensif. Mais avec le temps, mes horizons se sont élargis et complexifiés.

Vous marchez dans la rue et tombez sur Emmanuel Macron, que lui dites-vous ?

Je dis : Manu, lâche l’Afrique. Lâche nos populations. Arrête ton théâtre. Tu es de notre génération. Tu comprends plus de choses en termes d’enjeux. Alors lâche l’Afrique…

Décoloniser les rues africaines : un vieux débat

La campagne de Kemi Seba n’est pas inédite. Comme le rappelle le sociologue et économiste camerounais Martial Ze Belinga, il y a déjà longtemps que la question de la décolonisation culturelle se pose en Afrique francophone.

« Dès les années 50, Kwame Nkrumah, l’Union africaine, les panafricanistes ont parlé de débaptiser les rues, souligne l’expert. On a parlé de changer les noms des pays, les noms de villes, les noms de peuples. Au Cameroun, ça fait une décennie que le militant André Blaise Essama casse des monuments : la statue du général Leclerc, du général de Gaulle… En 2015, on a fait tomber la statue de Cecil Rhodes en Afrique du Sud… Le Swaziland a été renommé Eswatini en 2018…

« Il y a aussi tout un débat depuis les années 50 sur l’idée que les Africains doivent d’abord parler leur langue. L’éducation se fait encore en français… Toutes ces questions sont posées de manière épisodique avec des réactions plus ou moins fortes. Ça avance. Dans le domaine de l’éducation, des thèses sont écrites en youruba, en shona, en dogon… Mais le projet de décolonisation a toujours été contrarié pour plusieurs raisons. Les cadres du développement culturel restent dépendants de la coopération, de l’aide. Ça tient à des calculs, à des pressions… C’est une demande qui ne s’est pas concrétisée mais qui ne s’est jamais éteinte. On est sur une tendance qui est irréversible… »

mardi 7 juillet 2020

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