Ces violences quotidiennes qui nous affligent
Par Michel Lobé Etamé

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La société camerounaise est confrontée à deux types de violence qui déstabilisent le citoyen anxiogène et désemparé : la délinquance urbaine et la délinquance en col blanc. Cette dernière exerce, en toute impunité, dans les coulisses de l’administration où la « débrouillardise » s’impose sur le rationnel, le civisme et le droit.


Si nous procédons à une analyse plus fine, d’autres formes de violence sévissent dans notre société. Il s’agit des nouvelles églises dirigées par des pasteurs « affairistes » qui se prennent pour des messagers de Dieu, des marabouts, des guérisseurs, des voyants, des chefs traditionnels qui abusent de la naïveté de leurs sujets, etc. Il faut aussi y ajouter la sorcellerie dont les crimes rituels et odieux n’épargnent personne.

Ces violences quotidiennes affaiblissent notre démocratie balbutiante. En effet, dans un environnement où la loi n’est plus appliquée ni respectée, le risque d’une explosion sociale est à redouter. Le mensonge, les violences des forces de l’ordre, les trahisons et les intimidations du pouvoir sont légions. Il faut y rajouter le silence complice des intellectuels végétatifs, volontairement bâillonnés, fossilisés et qui poursuivent l’apologie de la dictature d’Ahmadou Ahidjo en place depuis 1958 et la normalisation de la tyrannie sous Paul Biya qui confisque le pouvoir depuis 38 ans.

Les violences en cours sont perverses. Elles anéantissent les initiatives des braves. Elles connaissent aussi d’autres développements tels que les guerres sans fin contre Boko Haram au nord du Cameroun et le bourbier qui s’enlise dans la partie anglophone du Noso. Ces violences provoquent un exode des populations et une insécurité permanente. Elles sont une source de chaos et de chômage dans un pays qui a besoin de toutes ses forces vives.

Mais, intéresserons-nous d’abord à la deuxième catégorie, celle des agents de l’administration. Cette délinquance transforme nos habitudes. Il faut s’y conformer car la lutte engagée par les autorités pour combattre ce fléau durablement installé est un coup d’épée dans l’eau. À cette criminalité affichée s’ajoute les violences des délinquants de plus en plus nombreux qui terrorisent le citoyen.

Le chômage endémique des jeunes, diplômés ou non, consolide aussi une nouvelle catégorie de citoyens sans âme et sans loi qui impose, la nuit tombée, la terreur dans les quartiers. La sécurité n’est garantie nulle part. Cette jeunesse n’est pas contrôlée par la famille qui subit elle -même, au quotidien, la rigueur prônée par un président absent de la scène. Bref, les enseignements qui ont façonné nos esprits pour une société juste, solidaire et travailleuse s’opposent aujourd’hui à un monde qui a transformé les vertus élémentaires de la société en une violence sans limite.

La jeunesse a pour modèle les feymen. Cette catégorie de délinquants flirtent avec le pouvoir. Ces escrocs proposent aux naïfs des cercles huppés la multiplication de leurs fortunes. Ils disparaissent ensuite dans la nature. On les retrouve dans les milieux d’affaires et dans les beaux quartiers. Ils roulent dans les voitures de luxe avec une escorte de rabatteurs.

Les petits délinquants et voleurs à la tire

Incontrôlables, manipulateurs, les petits délinquants et voleurs à la tire se confondent dans la journée à tout le monde. La nuit tombée, ils sévissent en ville. Ils n’hésitent pas à tuer pour ravir un butin. Ils prolifèrent et on les retrouve partout. La peur au ventre, la population campe la nuit dans leurs maisons.

La nouvelle délinquance est très violente. Elle s’organise de mieux en mieux. Elle est hiérarchisée et défie de plus en plus les autorités. Elle réussit à semer la peur dans la ville dès la tombée de la nuit où la sécurité des taxis n’est plus assurée.

Les autorités sont conscientes de la terreur et de la panique causées par ces bandits. Mais, existe-t-il une volonté politique pour rassurer le citoyen coincé dans sa torpeur ? L’autorité administrative est plus occupée à neutraliser l’opposition politique pour la survie de son règne mortifère.

Les délinquants en cols blancs

Nos fonctionnaires ont des pratiques peu orthodoxes. Ils ne se gênent plus à monnayer les services de l’État. Ils sont employés de l’État et ils sont payés mensuellement par nos impôts. Ces privilégiés, à l’abri du chômage, sont pernicieux.

La délinquance des agents de l’État est devenue un acte ordinaire et quotidien. Pour un document public, vous devez systématiquement donner un pourboire. Dans le jargon courant, on parle de « Tchocko ». Thcoko se traduit par pourboire. Nul aujourd’hui n’y échappe. Le citoyen est pris en otage.

Le « tchoko » est devenu un acte rituel et normalisé. Il se pratique au palais de la présidence, dans les ministères, dans les entreprises d’États, dans les collèges, les Lycées, les universités, les hôpitaux. Il est courant dans les concours pour l’accès aux grandes écoles où le mérite a perdu de sa splendeur.

La délinquance des cols blancs est très pernicieuse. Elle nuit à l’économie du pays et à la création des richesses. Elle anéantit les esprits courageux et ambitieux dans leur effort de créativité. La violence des voyous crée l’insécurité que redoutent les investisseurs. Le Cameroun est coincé entre le marteau et l’enclume.

Ces actes délictueux affaiblissent notre économie et ouvrent la voie à l’arbitraire, au tribalisme et à l’injustice. Le Cameroun offre aujourd’hui l’image d’un pays exsangue. Penser au lendemain du Covid-19 est une priorité économique, sociale et citoyenne. Mais, il faut aussi penser à moraliser un pays rompu à l’arbitraire par des dirigeants octogénaires.

Par Michel Lobé Étamé
Journaliste
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vendredi 19 juin 2020

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