La COVID-19 a contaminé près d’un million de personnes et fauché 47 000 vies
AFP

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Le nouveau coronavirus poursuit jeudi sa course cruelle à une vitesse « quasi exponentielle », ayant déjà contaminé officiellement près d’un million de personnes et fauché plus de 47 000 vies aux quatre coins du monde, dont celle d’un bébé de six semaines aux États-Unis.

Plus de 500 000 cas ont été recensés en Europe, le continent le plus touché, mais ce sont les États-Unis (215 000 cas) qui sont en train de devenir le nouvel épicentre de la pandémie. Faute de capacités suffisantes de dépistage, ces bilans sont très probablement bien en dessous de la réalité.

L’ampleur de la crise n’obscurcit pas toutes les tragédies individuelles. La mort d’un nouveau-né dans l’État du Connecticut a ainsi particulièrement frappé les esprits, les enfants étant jusqu’ici relativement épargnés. « C’est déchirant », a commenté Ned Lamont, gouverneur de cet État du nord-est.

« Nous allons traverser deux semaines très très douloureuses », a déclaré Donald Trump lors d’une conférence de presse, sur un ton grave.

Selon les projections de la Maison-Blanche, la COVID-19 devrait faire entre 100 000 et 240 000 morts aux États-Unis.

« Profondément préoccupé », le secrétaire général de l’Organisation mondiale de la Santé Tedros Adhanom Ghebreyesus n’a pu que constater la « croissance quasi exponentielle » du nombre de cas.

Malgré des mesures de confinement qui concernent près d’un habitant de la planète sur deux, les bilans sont de plus en plus lourds : plus de 13 000 morts en Italie, 10 000 en Espagne, plus de 5000 aux États-Unis, de 4000 en France…

Nouveau record en Espagne

Ces quatre pays ont dépassé le bilan officiel de décès communiqués pour la Chine continentale (3318), où l’épidémie s’est déclarée.

Mais les chiffres chinois suscitent les soupçons : les États-Unis sont ainsi parvenus à la conclusion que Pékin a menti en le sous-évaluant largement, selon un rapport confidentiel du renseignement américain évoqué par plusieurs parlementaires.

« La Chine a dissimulé la gravité de ce virus pendant des mois », a réagi un député à la Chambre des représentants, William Timmons. « Le monde paie à présent pour (ses) erreurs ».

« Les actes et comportements de certains politiciens américains sont honteux et dénués de toute morale », a réagi Pékin, affirmant que l’OMS défendait les données chinoises.

Pékin est au cœur d’une autre polémique jeudi, après avoir donné son feu vert à un médicament à base de bile d’ours afin de traiter des patients victimes de la COVID-19. La controverse sur le traitement des plantigrades élevés dans d’étroites cages où leur abdomen est perforé par un cathéter relié à leur vésicule afin d’en prélever la bile.

En Europe, la pandémie a causé la mort de plus de 1000 personnes en Belgique. Le nombre de morts a doublé en l’espace de trois jours, notamment en raison de la comptabilisation décalée des décès intervenus en maison de retraite.

Mais c’est l’Espagne qui a de nouveau déploré jeudi les pertes les plus lourdes avec 950 décès en 24 heures, un nouveau record dans le pays. Les unités de soins intensifs espagnoles sont déjà à la limite de leurs capacités.

« Il n’y a pas suffisamment d’équipements de protection » et « le nombre de lits reste insuffisant », déplorait Guillén del Barrio, infirmier à Madrid, même si la progression du nombre de nouveaux cas continue de ralentir.

Choisir entre l’économie et la santé

Le pays a aussi enregistré en mars plus de 300 000 nouveaux demandeurs d’emploi, en raison de « l’impact extraordinaire » de la crise sanitaire, a annoncé le ministère espagnol du Travail.

En Italie, les médecins s’inquiètent des convalescents, qui quittent l’hôpital dès que leur vie n’est plus menacée, même s’ils sont encore contagieux.

« Dans une guerre comme celle-ci, on ne peut se permettre de s’exposer à l’apparition de nouveaux foyers de contagion qui risquent de transformer ces centres de convalescence en “bombes virales” qui diffusent le virus », a mis en garde Raffaele Antonelli Incalzi, président de la Société de gériatrie italienne.

Le gouvernement italien est aussi sous pression pour lever les mesures de confinement et relancer une économie au ralenti.

« C’est horrible d’avoir à choisir entre mettre l’économie en attente ou mettre en danger la vie de nombreuses personnes », observe l’expert américain Paul Romer, cité par le quotidien Il Fatto Quotidiano.

Le gouvernement a besoin d’un « plan crédible pour mettre fin au confinement très rapidement, tout en garantissant la sécurité des salariés même si le virus est encore présent », ajoute le co-lauréat du Prix Nobel 2018 d’Économie.

La Commission européenne a proposé jeudi de créer un instrument pour garantir jusqu’à 100 milliards d’euros les plans nationaux de soutien à l’emploi mis en place en raison de l’épidémie de coronavirus.

Avant même cette annonce, les marchés européens, après avoir accusé des pertes de l’ordre de 3 % à 4 % la veille, ont retrouvé un peu de calme jeudi, aidés notamment par le fort rebond des cours du pétrole. Paris prenait ainsi 0,50 % dans les premiers échanges, Francfort 0,15 % et Londres 0,44 %.

Comportements irresponsables

Faute de vaccin ou de traitement, pour freiner la propagation de la pandémie, le confinement reste le moyen de lutte le plus efficace et l’État américain de Floride, l’Érythrée ou la Sierra Leone s’y sont à leur tour ralliés mercredi, tandis que l’Allemagne, l’Italie ou le Portugal en prolongeaient la durée.

Plus de 3,75 milliards de personnes (48 % de la population mondiale) sont ainsi appelées à rester chez elles ou contraintes de le faire.

Un vrai défi dans les pays pauvres, ce qui n’a pas empêché le président philippin Rodrigo Duterte de demander jeudi aux forces de l’ordre d’abattre toute personne à l’origine de « troubles » dans les régions placées en confinement.

Mais le confinement laisse certaines catégories de population en première ligne, comme les employés des supermarchés qui restent ouverts.

« Nous avons peur de ramener quelque chose chez nous », confie à l’AFP sous couvert d’anonymat Piera, caissière à temps partiel dans un supermarché de Novare, une ville à l’ouest de Milan où un vigile est mort du virus à 33 ans la semaine dernière.

Ce qui la choque le plus, c’est le comportement irresponsable de certains clients qui viennent en famille, se rapprochent trop des employés… sans compter ceux qui humectent leurs doigts pour compter leurs billets.

jeudi 2 avril 2020

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