Nous sommes à l’image de ce que nous mangeons en Afrique
Par Michel Lobé Etamé

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Autour des thèmes qui alimentent nos conversations journalières, nous évoquons régulièrement la mauvaise gouvernance de nos états, la corruption, le vol des deniers publics, les ingérences étrangères, la faim, la pauvreté, le chômage de masse, le tribalisme, etc. Ces maux devraient s’ajouter à un nouveau phénomène qui est la mauvaise alimentation. Celle-ci est à la source de nouvelles maladies qui tuent chaque jour des enfants, des femmes et des hommes. Nous nous interrogeons peu sur les origines de ces nouvelles maladies qui déciment toutes les couches sociales.

L’Afrique a toujours été soumise à des pandémies climatiques telles que le paludisme, la lèpre ou la maladie du sommeil. Aujourd’hui, la mauvaise alimentation est responsable des nouvelles maladies qui s’invitent au bal funeste qui décime la population : le diabète, le surpoids, l’hypertension, les accidents vasculaires cérébraux, les maladies rénales, etc.

La consommation abusive et excessive des produits d’importation très riche en sel et en sucre est alarmante. Nous ne mangeons plus nos denrées naturelles et ancestrales. Les ménagères nous offrent des plats à base de concentrés de tomates importés dont nous ignorons tout de la composition. Nos huiles naturelles de palmes sont délaissées pour des huiles d’importation à bas prix. Ignorance ou indifférence des pouvoirs publics ?

Nos épices ne parfument plus nos sauces. Elles sont remplacées par des cubes très riches en sel. Nous consommons de plus en plus de pâtes alimentaires à la place de nos féculents et de nos céréales. Bref, nos produits alimentaires pourtant si réputés pour leurs saveurs et leurs qualités dégustatives cèdent la place aux produits d’importation qui tuent en silence.

L’importation des aliments et des épices conditionnées constitue un facteur important de mortalité. La nouvelle classe moyenne africaine consomme le poulet congelé qui tue la production locale de volailles. Le coût des maladies provoquées par les produits importés est hautement scandaleux pour les économies fragiles. Ces « maladies modernes » sont très mal soignées dans nos hôpitaux et coutent très chers au contribuable.

La nature généreuse a doté l’Afrique d’un climat qui lui permet au moins deux récoltes dans l’année alors que les pays tempérés ne peuvent produire qu’une fois par an. Les arbres fruitiers produisent toute l’année. Mais nous consommons de plus en plus des aliments à base de blé importé alors que nos féculents et nos céréales peuvent couvrir nos besoins.

Nos épices tant réputées ne se cultivent plus. Elles sont remplacées par des cubes aux vertus « magiques » que vantent nos ménagères. Notre art culinaire est en voie de disparition. Nous perdons le sens du goût. Les épices de grand-mère s’effacent au détriment des saveurs mécaniques. Nous sommes entrés « volontairement » dans un cycle de dépendance alimentaire dont les boissons et les substances culinaires importées.

Un problème de santé publique

La consommation des produits d’importation en Afrique est devenue un problème de santé publique. Les autorités sanitaires sont laxistes et cèdent trop facilement à la tentation de l’argent facile. La composition de ces produits n’est soumise à aucun contrôle. Les importateurs véreux inondent les marchés nationaux de produits interdits en Occident pour leur dangerosité et leur propension à développer des cancers, des faiblesses rénales, ou des hypertensions. La Chine profite de cette porosité, du vide juridique et de la corruption des fonctionnaires pour inonder les marchés africains de produits alimentaires dangereux pour la santé.

A terme, nous pouvons redouter l’éclosion des cancers, des hypertensions, du diabète et des maladies des reins qui risquent de paralyser les forces vives de l’Afrique. La responsabilité des états est évidente. Mais dans système où la parole est muselée, aucune voix ne s’élève pour dénoncer une mort programmée à grande échelle sur notre continent.

Ces maux sont devenus les causes majeures de la mortalité dans la population. L’Afrique est aujourd’hui piégée. La ménagère n’utilise plus les épices de nos grands-mères. Elle est conditionnée par la publicité qui fait la part belle aux cubes très riches en sel et en sucre.

Les conséquences depuis une trentaine d’années sont alarmantes. Les nouvelles maladies déciment les populations dans l’indifférence générale. Nul n’ose évoquer les responsabilités des états. Qu’en sera-t-il alors quand l’Afrique devra se soumettre à la culture transgénique pour vaincre la faim ?

La liste des produits importés dans le cadre du « libre échange » qui tuent nos économies et nos vies est longue. Nous sommes à l’image de ce que nous mangeons. Nous assistons à un développement de nouvelles maladies et la passivité des états est déconcertante.





Par Michel Lobé Etamé
Journaliste
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Vous pouvez suivre tous les vendredis à 13h30 sur Radio Sud Besançon un débat d’actualité animé par Michel Lobé Etamé à cette adresse : http://radiosud.net/

vendredi 16 mars 2018

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Commentaires

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Par ERIC le 17/03/2018
Ca fait des années que l’on voit venir le péril jaune, jusque dans les assiettes.
Par AUDREY le 17/03/2018
Très bel édito, c’est un sujet qui me touche beaucoup et est de santé public. Keep going daddy!
Par NGAKA le 17/03/2018
Bonsoir, J'ai aimé ton éditorial, pour ma simple raison qu'il m'interpelle! je vais me mettre à la patate douce et au makabo.... ça fait si longtemps.... Merci


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