Ethiopie: la version officielle de la mort de neuf civils contestée
AFP

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Addis Abeba - Des habitants d'une ville du sud de l'Éthiopie, dans la région oromo, ont contesté lundi la version donnée par le gouvernement, qui avait évoqué un accident, de la mort de neuf civils tués par des soldats.

L'agence officielle ENA avait rapporté dimanche que des soldats avaient tué neuf civils près de Moyale, à la frontière avec le Kenya, après les avoir pris pour des membres du Front de libération oromo (OLF), un groupe armé rebelle, sans dire quand l'incident avait eu lieu.

"Les membres des forces armées ont reçu de mauvaises informations qui ont mené à la confrontation dans laquelle neuf personnes ont été tuées et 12 blessées", avait indiqué ENA, en précisant que cinq soldats impliqués dans la tuerie avaient été emprisonnés.

Mais deux résidents de Moyale, parlant lundi à l'AFP sous couvert de l'anonymat par craintes de représailles, ont expliqué que la fusillade s'était produite dans un quartier réputé pour son opposition au gouvernement éthiopien.

Elle intervient aussi à un moment où les relations entre la population et les soldats déployés à Moyale se sont tendues, après la déclaration de l'état d'urgence le 16 février, ont-ils souligné.

"Le gouvernement ne fait que faire circuler de fausses informations", a déclaré l'un d'entre eux.

Selon l'autre habitant, la tuerie a eu lieu samedi quand un attroupement s'est formé autour de deux motocyclistes qui s'étaient heurtés et avaient commencé à se quereller.

"C'est alors qu'un véhicule militaire est arrivé. Les soldats en sont sortis et ont commencé à tirer de toutes parts, et à tuer tout ce qui bougeait", a ajouté celui-ci, qui s'est enfui de l'autre côté de la frontière, comme de nombreuses autres personnes.

La Croix-rouge kényane a indiqué dans un communiqué avoir dû gérer l'arrivée depuis samedi soir d'au moins 2.000 personnes en provenance de la partie éthiopienne de Moyale, qui est située à cheval sur les deux pays.

Le premier résident, resté du côté éthiopien de Moyale, dit avoir compté 10 corps à l'hôpital de la ville.

"Certains ont été tués dans leur maison, d'autres alors qu'ils déjeunaient et d'autres pendant qu'ils travaillaient dans leur magasin", a-t-il raconté.

Le gouvernement éthiopien a décrété l'état d'urgence, qui interdit notamment toute manifestation, le 16 février au lendemain de la démission du Premier ministre, Hailemariam Desalegn.

La région oromo (sud et ouest), du nom de la plus importante ethnie du pays, est l'épicentre d'un mouvement de protestation qui y avait débuté fin 2015, puis s'était étendu courant 2016 à d'autres régions, dont celle des Amhara (nord). Sa répression a fait au moins 940 morts.

Ces manifestations étaient avant tout l'expression d'une frustration des Oromo et des Amhara, qui représentent 60% de la population, face à ce qu'ils perçoivent comme une sur-représentation de la minorité des Tigréens au sein du régime.

Un premier état d'urgence instauré entre octobre 2016 et août 2017 avait ramené, au prix de milliers d'arrestations, un calme relatif dans le pays, mais le gouvernement reste très impopulaire parmi les Oromo.

Les Oromo espèrent qu'un des leurs sera choisi pour succéder à M. Hailemariam; La coalition au pouvoir, le Front démocratique révolutionnaire des peuples éthiopiens (EPRDF), a commencé à se réunir dimanche pour procéder à la désignation du nouveau Premier ministre.

lundi 12 mars 2018

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