De l’inutilité des élections
Par Michel Lobé Etamé

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Dans les démocraties occidentales, les électeurs scrutent scrupuleusement les échéances électorales qui conduisent au renouvellement de la classe politique. Cette période est propice pour faire le bilan des hommes au pouvoir. Les électeurs détiennent ainsi un levier pour juger les élus sur leurs promesses et leurs réalisations. Les médias tiennent, tout au long d’un mandat, des outils consultables basés sur des statistiques fiables et représentatives. Il est alors plus facile d’apporter un jugement de valeur, de condamner ou de renouveler un mandat électoral. L’électeur est libre et responsable de son choix.

Dans les dictatures, le citoyen est pris en otage par un système où la liberté est confisquée. Les média sont au pas. La clique au pouvoir ne se renouvelle jamais. Il faut se soumettre à un seul homme qui dirige d’une main de fer un pays. Aucun changement ni une critique ne sont tolérés. L’usure du pouvoir n’affecte pas ces colosses d’argile et encore moins leurs âges. Seule la mort vient à bout de ces monstres « éternels » choisis des dieux.

Les camerounais l’ont bien compris à l’approche des prochaines échéances électorales. Ils attendent tous, comme des enfants de cœur, les sons des cantiques funestes qui vont les délivrer de leur président. Ainsi, la mort de Paul Biya est le sujet de conversation dans tous les foyers. Les réseaux sociaux s’en chargent. Des prédicateurs d’occasion, véritables illuminés, vont jusqu’à avancer des dates.

Malheureusement pour nous, les réseaux sociaux ont cette capacité à canaliser les fausses informations pour les rendre crédibles. Comme la dénonciation des sujets majeurs tels que la corruption, le tribalisme, le clientélisme ou le népotisme n’ont pas fait évoluer la gouvernance de Paul Biya, les camerounais ont enfin trouvé un sujet de convergence : la mort imminente du chef de l’état. Cette attitude irresponsable est le prolongement de l’instinct grégaire d’un peuple sans imagination et qui se complait dans la médiocrité. La lutte n’a jamais été leur préoccupation.

Malgré le temps et les évolutions sociétales, ces comportements donnent raison à Nietzsche dans sa violente critique sur l’instinct grégaire : « La moralité n’est que l’instinct grégaire individuel », car le surhomme, Paul Biya, continue à s’isoler pour construire une nouvelle morale qui est au fond le cheminement de Zarathoustra qui, une fois libéré des dogmes et sûr de lui, redescend de la montagne pour annoncer la mort de Dieu aux hommes.

Au moment où l’alternance politique devrait occuper les esprits, et à l’approche de l’élection présidentielle, le peuple a des préoccupations qui s’éloignent de l’intérêt commun : les fêtes de fin d’année, la fête de la jeunesse ou la Saint Valentin. Les pagnes s’achètent. Les fleuristes croulent sous les commandes. Les enterrements sont différés pour la jouissance du corps vivant.

Il est affligeant de lire sur les réseaux sociaux les messages qui circulent sur le Cameroun et qui regorgent de l’état de santé de son grabataire de président dont l’âge et les ambitions de réélection, dans une vraie démocratie, conditionneraient un soulèvement de masse. Mais, au Cameroun, l’équation Biya est insoluble. Seul Dieu peut y apporter une solution. Et comme Dieu reste un mystère, son calendrier nous échappe.

Nous pouvons donc convenir que le pays vit dans la léthargie la plus complète en attendant la volonté hypothétique d’un Dieu qui se fait attendre tandis que les maîtres du lieu pourvoient leurs armes pour la confiscation du pouvoir politique qui assure le bonheur matériel.

La maladie ou la mort de Paul Biya résoudraient-ils les problèmes du Cameroun ? Quelles sont les priorités aujourd’hui ? L’opposition ou les oppositions sont entrées dans la danse tandis que le locataire du palais d’Etoudi s’amuse à contempler les divisions qui commencent à fissurer ses prétendus adversaires politiques. Les ralliements de circonstance vers le camp présidentiel et les putatifs montent au créneau. Ce spectacle donne une image triste des candidats potentiels qui peuvent conduire le Cameroun vers de nouveaux sommets. Hélas ! L’heure de la politique du ventre est plus qu’active.

Ces comportements démontrent aussi une chose : les camerounais n’ont plus d’ambition. Ils sont gagnés par le renoncement, la résignation et la démotivation. Ils se remettent à Dieu pour un nouvel homme « providentiel ». Seul ce dernier leur reprendra Paul Biya car c’est lui qui l’a librement choisi.

Pour être plus clair, seul Dieu décidera de l’avenir du pays. Cette conclusion malheureuse légitimise l’infantilisation d’un peuple qui se remet toujours au ciel.

À quoi servirait alors des élections ? Elles sont gagnées d’avance. Le prochain scrutin serait-il une énième mascarade ? Cette question mérite une profonde réflexion. Les années de pouvoir de Paul Biya ont sclérosé les esprits. Le citoyen ne réfléchit plus. Il a devant lui un mur qu’il ne peut briser. Un nouveau mur de Berlin. Mais l’histoire récente nous apprend que le mur de Berlin est enfin tombé. Qu’en sera-t-il du Cameroun ? Sortira-t-il enfin de la servitude volontaire qui caractérise son peuple ?


Par Michel Lobé Etamé
Journaliste
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vendredi 16 février 2018

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Commentaires

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Par JEAN ERIC le 16/02/2018
Bonjour Michel Super article Au plaisir de nous rencontrer
Par THEO le 16/02/2018
Les élections à l'occidental des pays "africains" ne servent à rien. Ton analyse est basée sur une vue européenne des choses la preuve tu as passé plus de la moitié de ta vie hors de tes bases ainsi tu as une vision polluée de l'organisation africaine. les différents dirigeants des pays africains utilisent malheureusement cette faille qui est la "démocratie venue d'ailleurs" pour maintenir leurs semblables dans la souffrance et nos critiques ne serviront à rien tant que nos solutions seront empruntées chez les blancs. C'est du temps passé inutilement
Par BECK le 16/02/2018
Bonjour Monsieur Lobe, merci pour informations régulières. Pourquoi ne flingue-t-on pas tous ces dictateurs discrètement, comme furent assassiné les Présidents américain??? Afin d’arrêter le massacre de populations innocentes tenue en otage de leur sale politique… Meilleures salutations. GIANNI BECK
Par  le 16/02/2018
Bonjour Michel, Très belle chronique. Vous avez très bien peint la situation. Bonne continuation


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