Les fonctionnaires par dizaines de milliers dans la rue contre les "attaques" du gouvernement
AFP

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Des soignants aux enseignants, des ministères aux collectivités, les fonctionnaires ont fait grève et manifesté par dizaines de milliers mardi contre les "attaques" du gouvernement à leur égard.

Selon une estimation provisoire de la CGT, environ 400.000 agents publics ont pris part aux cortèges, dont 45.000 à Paris (26.000 selon la police). Ce décompte porte sur 70 manifestations parmi 130 prévues, "dont les plus importantes", a précisé le premier syndicat de la fonction publique.

Les chiffres recueillis auprès des autorités par les différents bureaux de l'AFP faisaient état de 88.500 manifestants dans 42 villes (hors Paris).

"Macron regarde ta Rolex, c'est l'heure de la révolte" : à Saint-Nazaire, Nice ou ailleurs, le président Macron était souvent la cible du mécontentement dans les cortèges qui dénonçaient un "ras-le-bol" général, à l'appel de tous les syndicats de la fonction publique (CGT, CFDT, FO, Unsa, FSU, Solidaires, CFE-CGC, CFTC et FA) qui compte 5,4 millions d'agents, une première depuis dix ans.

"La fonction publique: une richesse pour tou.te.s, pas un coût!" ou "Hôpital en état d'urgence", pouvait-on lire parmi les slogans à Nantes où les manifestants étaient entre 5.500 et 8.000, parmi lesquels des lycéens. Ils étaient aussi entre 7.500 et 20.000 à Toulouse, de 6.400 à 12.000 à Lyon, 1.400 à 3.000 à Saint-Denis de la Réunion.

"La régression sociale ne se négocie pas, elle se combat", clamait une banderole CGT à Paris, où la manifestation a été émaillée par quelques incidents, avec des agences bancaires prises pour cibles.

Parsemé de ballons géants, le cortège parisien, auquel participaient des représentants politiques de gauche (LFI, PS, PCF, NPA), comportait notamment des étendards du secteur de la santé. Des salariés d'anciens secteurs publics ou établissements publics (La Poste, SNCF, RATP) et du secteur privé (PSA, Renault) étaient aussi présents.

Les slogans ou témoignages appelant à une "solidarité" public-privé ou au "retrait des ordonnances Macron" restaient minoritaires. Hormis Solidaires, qui avait clairement appelé à une "convergence" des luttes, la plupart des confédérations syndicales n'avaient pas souhaité "parasiter" le soutien aux fonctionnaires avec la contestation contre la réforme du Code du travail visant les salariés du privé.

Suppressions de 120.000 postes d'ici à la fin du quinquennat, gel des rémunérations, rétablissement d'un jour de carence en cas d'arrêt maladie, remise en cause de leur statut... Les syndicats qui ont appelé à cette journée de grève et de manifestations dans les trois versants de la fonction publique (Etat, hospitalière, territoriale), dénoncent "une série d'attaques" inédite à leur encontre.

Ce rassemblement unitaire "reflète plus qu'un malaise dans les fonctions publiques", a déclaré le secrétaire général de FO, Jean-Claude Mailly, qui défilait à Lyon. Les fonctionnaires, "souvent traités de feignants et de profiteurs", ont "besoin de respect", a souligné Philippe Martinez (CGT) à Paris.

Pour Mylène Jacquot (CFDT), l'absence de hausse du pouvoir d'achat, une promesse de campagne "pas tenue" par Emmanuel Macron, est "la goutte d'eau qui a fait déborder le vase", auprès des fonctionnaires.

- "Héros du quotidien" -

Interrogé lors des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, le ministre chargé de la fonction publique, Gérald Darmanin, a salué le travail de ces "héros du quotidien".

"Nous avons compris qu'ils souhaitaient bien sûr être considérés après des années où il n'y a pas eu d'augmentation du point d'indice" et marquées aussi par des "(coups de) rabot en termes de suppressions de postes", a notamment dit le ministre. Il a assuré que les "quatre milliards d'euros" actés par le gouvernement précédent pour revaloriser les carrières seraient "maintenus".

"Quand on gagne 1.600 euros nets au bout de 15 ans, ça fout un peu les boules", déplorait Corinne, employée de mairie de 54 ans, à Saint-Nazaire, disant en avoir "assez" que les fonctionnaires, parfois "Bac+5", soient considérés comme des privilégiés.

Autre motif récurrent de colère, la dégradation des conditions de travail. "On est devenu une usine à soins: on pique, on branche. Les patients sont devenus des objets", regrette Françoise, infirmière à l'hôpital Saint-Louis à Paris.

La grève s'est traduite par des fermetures de services publics, crèches et établissements scolaires où le service minimum, prévu par la loi, n'était pas toujours assuré. A Marseille, les trois-quarts des cantines étaient fermées et 80% des crèches, selon la mairie.

Le ministère de l'Education nationale annonçait 17,5% de grévistes chez les enseignants.

Dans le ciel, 30% des vols ont été annulés préventivement en raison de la mobilisation des contrôleurs aériens.

"Si on n'est pas entendu, on se posera la question de la suite. On verra le 16 (date d'un rendez-vous salarial avec M. Darmanin, NDLR) si le gouvernement arrive avec de nouvelles propositions", a prévenu Christian Grolier de FO fonction publique.

mardi 10 octobre 2017

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