LA LETTRE AFRICAINE DE LA SEMAINE A MONSIEUR LE NOUVEAU JEUNE PRESIDENT DE FRANCE

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Monsieur le Président ,

Vous venez de prendre officiellement vos fonctions de président de la République française. Vous avez eu, comme il se doit, les félicitations et les congratulations de vos homologues africains. Cependant, par cette lettre, c'est une certaine Afrique qui vous parle, une Afrique que vous ne risquez pas de rencontrer dans votre protocole officiel et conventionnel. Cette Afrique, dont vous avez eu un certain écho, qui ressemblait à un couac, lors de votre voyage au Mali, par cette jeune femme qui vous appelait Monsieur Emmanuel Valls.


En somme, cette Afrique-là se pose des questions sur vous et votre règne. Que restera-t-il des amours de la Françafrique ? Quelles seront vos relations avec les chefs d'états africains ? Corneille disait dans « Le Cid » : « Aux âmes bien nées, la valeur n'attend pas le nombre des années. » Du haut de vos trente-neuf ans d'âge, comment traiterez-vous avec ces doyens qui sont vos grands-pères et vos pères : MUGABE, 92 ans, BIYA, 85 ans, CONDE, 80 ans, OUATTARA et OBIANG, 75 ans, SASSOU, 72 ans, DEBY et ISSOUFOU, 65 ans.

Vos conseillers vous le diront, dans la diplomatie africaine, le respect des aînés est important. Les appellerez-vous « papy » ou « papa », comme faisait BOKASSA en s'adressant au Général DE GAULLE ? Vous avez pendant votre campagne électorale déclaré des tas de choses qui allaient marquer votre Françafrique à vous. Vous parliez du dérèglement climatique, du droit des femmes et de la bonne gouvernance. S'il vous plaît, ne nous faites pas rire ! Car, à propos de dérèglement climatique, à qui appartiennent les sociétés qui saccagent les grandes forêts africaines depuis des siècles en exploitant le bois, les mines de pétrole, de diamant, de bauxite et d'uranium ? Adressez-vous à elles ! Et pour le droit des femmes, les Africaines sont fatiguées que tout le monde parle de leur intime sexualité à propos de l'incision. Les Africains se demandent si vous allez enfin donner un sens, un vrai sens, à votre loi sur le mariage pour tous, qui ne reconnaît pas la polygamie. Quant à la bonne gouvernance, votre dernière campagne présidentielle en France vient de montrer l'exemple que la France et ses hommes politiques ne sont pas des exemples... de la bonne gouvernance. Les Africains ont finalement pu avoir la démonstration que c'était là l'un de nos héritages des « bienfaits de la colonisation ».

Vous disiez vouloir encourager la francophonie, qui serait un atout pour la France. Car, selon vous, dans la mondialisation, 75 % des francophones seront africains en 2040. Monsieur le Président, vous comptez mal, ils sont déjà majoritaires, les Africains francophones. Vous devriez à cet effet conseiller à vos radios et télévisions nationales de citer quelques capitales africaines quand elles parlent de leur francophonie qui ne concerne que le Canada, la Suisse, la Belgique et Monaco.

Le gros morceau, le plus gros morceau, là où nous vous attendons tous, est le franc CFA. Vous avez prétendu, dans l'une de vos déclarations, que cette monnaie de singe, cette devise des voleurs occidentaux au col blanc, contribue à la stabilité économique et à l'intégration régionale africaines. C'est là que vous nous donnez l'impression, Monsieur le Président, de rester esclave de ces préjugés chroniques, qui donnent aux Occidentaux, et particulièrement à certains Français que l'on sait justes, respectables, hommes de foi et d'amour, comme Victor Hugo, oui, Victor Hugo, qui tenait ce discours sur l'Afrique le 18 mai 1879, lors d'un banquet commémoratif de l'abolition de l'esclavage : «Au XIXème siècle, le Blanc a fait du Noir un homme ; au XXème siècle, l'Europe fera de l'Afrique un monde (applaudissements). Refaire une Afrique nouvelle, rendre la vieille Afrique maniable à la civilisation, tel est le problème. L'Europe le résoudra. Allez, peuples ! Emparez-vous de cette terre. Prenez-la. A qui ? A personne. Prenez cette terre à Dieu. Dieu donne la terre aux hommes, Dieu offre l'Afrique à l'Europe. Prenez-la... Versez votre trop plein dans cette Afrique et du coup, résolvez vos questions sociales. Quelle terre que cette Afrique ! L'Asie a son histoire, l'Amérique a son histoire, l'Australie elle-même a son histoire ; l'Afrique n'a pas d'histoire. Une sorte de légende, vaste et obscure, l'enveloppe. »

Je ne sais pas si vous connaissiez ce texte, mais en le lisant, beaucoup d'Africains comprennent pourquoi l'un de vos tristes prédécesseurs, SARKOZY, avait déclaré, à Dakar, que « l'homme africain n'était pas entré dans l'histoire ».

Vous comprendrez, Monsieur le Président, que je ne pouvais vous laisser commencer votre règne et votre Françafrique sans vous rappeler ce que nous autres, Africains, ressentons profondément au-delà des discours hypocrites et des blablas officiels. Je ne sais comment finir cette lettre, je voudrais parler de la formule de politesse. Vous ne m'avez pas encore offensé personnellement pour conclure en vous disant que je ne vous salue point, comme je le fais souvent. J'espère que j'aurai le plaisir de pouvoir vous dire amicalement et cordialement que je vous salue. En attendant, faites vos preuves.

François Zo'omevele Effa

jeudi 1 juin 2017

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