Chronique - Réhabiliter les soldats africains morts pour la France
Par Michel Lobé Etamé

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A la fin de son quinquennat, François Hollande vient d'accorder la nationalité française à 28 soldats sénégalais, rescapés de guerre, qui ont héroïquement combattu aux côtés de leurs frères d'armes français. Pour les médias, cet acte est à mettre au crédit d'un président en fin de règne et qui peaufine sa sortie de scène.

Les prédécesseurs de François Hollande auraient pu reconnaitre l'ingratitude de la France à l'égard de tous ces africains anonymes morts dans les champs de bataille. Il n'en a rien été. La "mère patrie" n'a jamais eu le moindre égard pour ces hommes d'honneur convaincus de servir pour une juste cause. Leur qualité de militaire ne sera que partiellement et tardivement reconnue.

Les 'tirailleurs sénégalais" étaient un corps d'élites recrutées de force dans toutes les colonies françaises en Afrique subsaharienne. Ce corps a vu le jour en 1857 au Sénégal. Ces vaillants soldats ont servi loyalement au cours des deux guerres mondiales et dans les colonies françaises à travers le monde. Détachés en avant comme éclaireurs à certains corps d'infanterie, beaucoup ne survécurent pas et moururent dans l'anonymat.

Une injustice bien entretenue

La naturalisation des derniers soldats africains est symbolique. Elle réintègre ces derniers dans la mémoire collective nationale. Mais elle ne répare pas les injustices subies par ces soldats de l'ombre dont les pensions de retraite furent très sous estimées par rapports à leurs homologues français.

L'Afrique a fourni à la France ses enfants au cours de la première guerre mondiale. Ces hommes furent placés au front dès leur arrivée. Beaucoup sont morts dans des conditions de froids et de salubrité. Au cours de la deuxième guerre mondiale, les historiens nous apprennent que le contingent des 'tirailleurs sénégalais" comptait environ 1 400 000 soldats. Ils ont servi sur plusieurs fronts.

Les tirailleurs sénégalais ont également servi dans les conquêtes coloniales de la France. En Indochine, à Madagascar, en Algérie et dans toutes les guerres en Afrique où les fronts indépendantistes se soulevaient pour la liberté.

Fallait-il attendre aussi longtemps pour reconnaitre ses torts? Tous ceux qui avaient des droits légitimes à faire valoir pour leurs pensions de retraite sont morts. Leurs réclamations ont été vaines.

Une pétition

La naturalisation des derniers tirailleurs sénégalais n'est pas une initiative heureuse des autorités françaises. Une pétition a été initiée par une jeune socialiste, AÏssatou Seck, petite fille d'un tirailleur. Elle a recueilli 60 000 signatures. La pétition a été adressée à l'Elysée et François Hollande y a été favorable.

La naturalisation tardive de ces quinquagénaires ne mettra pas fin à des siècles d'injustice de la France à l'égard des ressortissants de ses anciennes colonies. Un pas a été fait. Un petit pas qui peut amorcer une nouvelle ère de relations entre l'Afrique noire francophone et la France.

Réhabiliter les tirailleurs sénégalais

Le devoir de mémoire en France est très sélectif quand il s'agit de l'apport de l'Afrique à la France. Le cas des tirailleurs sénégalais en est la parfaite illustration. A ce jour, aucun président français n'a reconnu les tirailleurs sénégalais.

Ces hommes ont été incorporés français. Ils ont combattu comme français. Pourquoi fallait-il leur ôter la nationalité française après les indépendances?

La dénaturalisation des tirailleurs sénégalais a été une grave injustice. Il est donc logique que la justice leur soit rendue aujourd'hui.





Par Michel Lobé Etamé
Journaliste
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samedi 15 avril 2017

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Commentaires

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Par MARY-JO le 19/04/2017
De nombreux ouvrages sont consacrés aux Tirailleurs sénégalais comme tu le sais. Des romanciers également rendent hommage à ce corps de Tirailleurs comme notamment Pierre Benoît vers 1925. Oui, une nation accorde ou retire la naturalisation à ceux qui l'ont servie et cela sous le couvert d'obscures raisons qui ne sont que politiques. Une nation est même capable aussi d' oublier ses combattants s'ils ne se sont pas manifestés pour demander leur pension d'invalidité ou de Grand Invalide de Guerre. Ne nous berçons pas d'illusions. Les nations ne sont reconnaissantes que si elles y sont contraintes pour une raison ou son contraire. Voilà une anecdote à ce propos : mon grand-père, blessé et gazé au Chemin des Dames et à Verdun en 1917, n'a jamais reçu de pension d'invalidité. Pourquoi ? Parce que sa patrie, l'Administration en fait, attendait qu'il en fasse la demande ! Question de procédure là, de formalité. Mon grand père s'est toujours refusé à " réclamer " ce qu'il estimait lui être dû de facto. Orgueil mal placé ? Non, une certaine fierté. Il se serait senti humilié de faire cette démarche. Ce manque de reconnaissance l'offensait profondément. Si je lui posais des questions sur la Grande Guerre qu'il avait vécue, je le voyais songeur et peu loquace. De sombres images affluaient, de terribles moments lui revenaient en mémoire... Quant à la pensée que son pays pouvait l'ignorer après les représailles alors qu'il avait su l'appeler sous les drapeaux, cela devait constituer pour lui un grave manque de considération, pour le moins. Cependant, à sa mort, le drapeau français drapait entièrement son cercueil. J'avais la gorge serrée pour lui. Il était enfin reconnu... Mais rappelons nous que, capable de tout, ce pays sait aussi soigner gratuitement ou à moindre frais tous ceux, quelle que soit leur nationalité, tous ceux qui frappent à la porte de ses hôpitaux ...
Par Stanislas Owona le 16/04/2017
N'est-ce pas simplement pitoyable ?


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