L'HOMME DU MOIS HENRI DIKONGUE
par François Zoomevele Effa

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Certains l'appellent le rebelle à l'âme sensible. Cet artiste, jaloux de son indépendance, n'a jamais voulu s'enfermer ou être confiné dans les carcans d'un style musical particulier. Pourtant, Henri DIKONGUE est une référence qui est rentrée définitivement dans la cour des grands artistes africains que l'industrie dite de « la world music » promeut. Il vient de sortir, au bout de dix ans, son cinquième album : « Diaspora ».

Qui êtes-vous, Monsieur DIKONGUE ?

Je suis originaire du Cameroun et j'ai grandi à Yaoundé. Issu d'une famille de musiciens, mon grand-père m'a initié à la guitare acoustique et ma grand-mère me traînait dans la chorale protestante du quartier de La Briquetterie.

Comment votre carrière a-t-elle commencé ?

Je vis en France depuis 1985, d'abord à Besançon, où je suis venu faire des études de droit que j'ai abandonnées rapidement pour la musique. J'ai rejoint la compagnie théâtrale et musicale panafricaine « Masques et Tam-tam ». J'y ai rencontré le comédien Martin Yog, des musiciens comme Alfred M'Bongo, Manuel Wandji, Alexandre Dossou Minko... Puis, je suis parti à Paris pour parfaire mes études de guitare classique. Trois ans plus tard, j'ai retrouvé Manuel Wandji avec lequel j'ai collaboré pour mes deux premiers albums : « Wa » et « C'est la vie ».

Il y a eu et il y a beaucoup de collaborations avec d'autres artistes.

En effet, Etienne Mbappé, Armand Sabal-Lecco, Vincent Ngini, Cathy Renoir et bien d'autres. J'ai été très marqué par le grand poète guitariste Francis Bebey, Eboa Lottin, mais j'ai voulu me démarquer du brouhaha sonore ambiant dans lequel est plongé notre musique populaire. J'essaie d'apporter dans mon dernier album « Diaspora » une musicalité qui est la somme de mon cheminement artistique. J'aime les textes bien écrits et je m'efforce de produire des chansons épurées, belles et simples.

Pourquoi vous faut-il beaucoup de temps pour sortir un album ?

Certains trouveront que « Diaspora » est synonyme de maturité et de sérénité. Chacun de mes albums est une nouvelle aventure artistique. Dans ce dernier, j'assure l'entière réalisation. Comme dirait mon ami Cyrille Ekwalla, j'effectue un voyage sonore dans mon univers musical. En fait, il y a des confins de bossa-nova avec les titres « Bekusedi », de la biguine avec « Souffrire d'aimer », que j'ai coécrit avec Cathy Renoir. Du makossa avec « Kaba ngondo », une reprise dans un style plus rythmé de « Mabola », la chanson du Camerounais Charles Lembé. Il y a des titres aux sonorités jazzy-rock, « Mulatako » et « Spirit to Arno ». Mais il y a aussi des titres, comme « Seul » ou « Artiste », dans lesquels mon ami Cyrille dit que ce sont des harmonies « dikonguiennes ». Et puis le titre éponyme « Diaspora ». C'est un tourbillon de sonorités diverses, avec une voix-Afrique, celle de Laurence, ma compagne. Dans ce titre, je parle à ma façon de cette Afrique, Afrique de l'espoir, des cris de détresse, une Afrique nostalgique de ses enfants, si près, si loin.

François Zoomevele Effa

jeudi 12 mai 2016

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