Cameroun : la révolte des anglophones ou l’imposture des sécessionnistes
par Michel Lobé Etamé

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Le Cameroun est un beau pays qui jouit de deux cultures dans sa constitution : le français et l’anglais. Cet héritage colonial en fait une exception. Ce beau pays a toujours brillé dans les médias internationaux par le football et la corruption qui ne concourent point à son développement économique dont il a tant besoin. Une unité de façade entre les francophones et les anglophones a épargné jusque-là ce pays des troubles et des violences et des revendications légitimes.

Aujourd’hui, cette unité bat de l’aile. La partie anglophone du Cameroun veut s’émanciper et voler de ses propres ailes. Dans sa quête de liberté, les partisans de la sécession ont choisi l’indépendance et la confrontation armée contre les forces de l’ordre. D’autres prônent le fédéralisme pour préserver l’unité du pays. Ce climat n’est pas acceptable car il conduit à une escalade de violence dont l’issue est imprévisible.

En ces moments troubles, la rue est de plus en plus incontrôlable dans les villes majeures anglophones. La présence de l’armée n’est plus rassurante et les morts commencent à joncher le pavé. Face à ces violences, le peuple s’interroge. L’absence du président Paul Biya ajoute à l’incompréhension d’un régime autoritaire peu habitué aux concessions et au dialogue.

Le 1er octobre 1961, une date symbolique

Paul Biya aurait dû s’adresser à son peuple le premier octobre, jour symbolique qui est celui de la réunification du Cameroun Oriental et Occidental. Au lieu de cela, il a délibérément choisi, comme à son habitude, d’adresser un message relayé par son ministre de la communication Issa Tchorima, pour condamner toutes les violences.

Le Cameroun est-il un bateau sans capitaine ? Le débat est lancé. Issa Tchorima a voulu apaiser les camerounais dans une communication pitoyable, évasive et peu rassurante. Pour lui, Paul Biya suit quotidiennement la situation depuis qu’il a quitté le Cameroun pour le sommet de l’assemblée générale des Nations Unies à travers les réseaux sociaux dont Skype, Facebook et Twitter. Cette communication est-elle authentifiée ? La confidentialité n’est-elle pas bafouée à ce niveau ?

Non, monsieur, Tchorima ! Le conflit en cours impose à son président une présence effective parmi ses troupes. Le Nigéria est aussi confronté à un mouvement de sécession de son territoire au Biaffra. Son président, Muhammadu Bihari a aussitôt regagné son pays après le sommet des Nations Unies. Samedi, il a tenu une conférence de presse pour faire son bilan de mi-mandat. Il a profité de l’occasion pour adresser au peuple un message de sympathie.

Muhammadu Buhari que l’on croyait moribond s’est également rendu aux côtés de ses troupes au Biaffra. Cet acte de solidarité et de bravoure lui vaut la sympathie de son peuple qui gratifie son combat contre la corruption et les inégalités.

Paul Biya appelle au dialogue

Le message de Paul Biya invitant au dialogue et à la fin des violences n’a pas apaisé les tensions au Cameroun Occidental où les forces de sécurité sont dans le qui-vive. La situation est très tendue car les mutins ont délibérément bafoué la constitution. Le discours jubilatoire du ministre de la communication a laissé dubitatif la population. Rien ne saurait justifier l’absence permanente d’un président de ses troupes, de son peuple et de son territoire.

Les violences ne sauraient être des instruments politiques. Nous devons tous les condamner et instaurer un dialogue inclusif pour restaurer l’unité et la paix sociale dans un pays rongé par la pauvreté et la corruption. Le Cameroun ne peut se gérer de l’étranger, dans les cocons douillets des hôtels luxueux, couteux et ruineux de Genève ou de Baden-Baden quand le peuple a du mal à joindre les deux bouts. Un nouvel effort financier contre l’insurrection en cours, ajouté aux chao permanent de Boko Haram dans le Nord du pays, ruinerait un équilibre social et économique déjà précaire alors que la dette publique du pays explose.

Assurer l’ordre constitutionnel

Le pouvoir en place doit initier très rapidement le dialogue avec les partisans de la sécession et du fédéralisme car la violence observée est inadmissible pour tout le pays. La responsabilité des pouvoirs légitimes de l’Etat est d’assurer l’ordre constitutionnel. Le président Biya est invité à le faire pour garantir la stabilité du Cameroun Occidental et de tout le pays. La crise est profonde car la constitution est bafouée. Le Cameroun est unie et indivisible. Mais tous ses enfants doivent se sentir heureux de participer à sa construction.

Mais peut-on réunir tous les belligérants un dialogue inclusif, constructif et serein si le président Biya brille par son absence ? Ce vide pourrait profiter aux ennemis de la République. D’où la grande interrogation des cercles de réflexion africains : le Cameroun est-il un bateau sans capitaine ?

Les morts commencent à se compter par dizaine. Il est urgent d’engager un dialogue solennel avec toutes les composantes vives pour mettre fin à une barbarie qui se trame hors de nos frontières. Monsieur Paul Biya, vous ne pouvez continuellement diriger votre pays depuis l’étranger car il y a péril en la demeure.

Par Michel Lobé Etamé
Journaliste
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vendredi 6 octobre 2017

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Commentaires

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Par CONSEIL le 06/10/2017
Bonjour Mr Lobe j'étais étonné de ne pas vous lire, Nous sommes dans un pays démocratique avec des partis politiques autorisés et des élections. Des individus décident de passer outre ces institutions. Les enfants sont interdits d'aller à l'école, on brule les édifices publics,y compris notre drapeau , on menace de mort ceux qui ne partagent pas l'avis des extrémistes et pas un mot de condamnation de qui que ce soit surtout de la presse française !qui c'est prise soudain de compassion pour les anglophones du Cameroun ! (cela nous rappelle la Lybie ; l'Irak etc ..) . Est-ce le Cameroun que nous souhaitons demain quelque soit celui qui remplacera Biya ? Barak OBAMA avait déclaré a propos de l'Afrique que nous n'avons pas besoin d'hommes forts mais d'institutions fortes !Paul Biya peut mourir demain ou un autre jour, le Cameroun continuera d'exister ! n'attendons pas l'homme providentiel renforçons nos institutions et une culture du debat non violent. La violence n'engendrera que de la violence .
Par ISAAC le 06/10/2017
Jusqu'ici, le Cameroun était présenté comme pouvant voguer en "Pilotage Automatique". Le numérique à la portée de tous permet à tout le monde d'être tenu au courant de la situation en temps et heure avec parfois des manipulations . Le ministre de la "comm".. qui se permet de menacer en direct de "fermer" les chaînes de télévision et de foudroyer les journalistes de représailles... en justifiant la gouvernance par le Net, valent bien la peine de nommer Tchorima au lieu et place de... Tchirouma. Les journalistes ne se sont point dégonflés. BRAVO!


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