Vers une nouvelle coopération entre l’Afrique francophone et la France ?
par Michel Lobé Etamé

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Beaucoup en France se réjouissent de l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la république. Cet enthousiasme révèle l’exaspération de la population depuis plus d’une trentaine d’années où le pouvoir a été confisqué par deux partis politiques : la droite et la gauche.

L’élection d’Emmanuel Macron marque donc un tournant sur les pratiques politiques de la première à la cinquième république basées sur le clientélisme, le mensonge et les avantages exorbitants liés à la fonction des élus. Les français ont voulu du sang neuf à travers un jeune homme sans expérience particulière en politique.

La gauche et la droite françaises nous avaient habitués à faire du neuf avec du vieux. Le clientélisme s’est installé avec des politiciens de métiers, rodés aux techniques ancestrales de l’abus de pouvoir et des détournements des fonds publics. Bien que ces comportements soient légaux, ils étaient immoraux. La France rentre enfin dans un nouveau cycle vertueux.

C’est sur un thème de moralisation de la vie publique que la nouvelle campagne présidentielle a été menée. Les français ne supportaient plus l’arrogance, l’indifférence et le mensonge des politiques.

L’Afrique est-elle prête à changer aussi ses dirigeants ?

L’Afrique francophone a suivi comme d’habitude, avec un intérêt particulier, les élections présidentielles françaises. L’arrivée de chaque nouveau président est perçue ici comme une délivrance par les opposants aux systèmes bien implantés.

Cette vision simpliste et naïve des acteurs de la vie publique et politique en Afrique francophone est inquiétante. Après l’esclavage et la colonisation, les méthodes de gouvernance mises sur pieds n’ont guère évolué. Le vol, le clientélisme, le tribalisme, la brutalité policière et l’opacité des élections n’ont pas pris une ride. Cette gouvernance imposée aux premiers présidents africains s’est d’ailleurs consolidée au fil des années même si les coups d’état se sont raréfiés. Les présidents en exercice règnent à vie. Ils sont devenus les gardiens des richesses exploitées aujourd’hui par les multinationales.

L’Afrique a le devoir et l’obligation de se développer pour sortir le continent des griffes de ses prédateurs. Elle ne peut éternellement se réjouir de l’arrivée d’un nouveau président en Occident.

L’arrivée de Barack Obama, un noir à la maison blanche, avait suscité des espoirs. A la fin de ses deux mandats, la douche a été froide. Pourquoi l’Afrique francophone devrait-elle croire en Emmanuel Macron qui a été élu pour rendre à la France sa grandeur d’autrefois ?

La naïveté des intellectuels africains frise le ridicule. Elle s’apparente aux campagnards qui regardent un train passer quotidiennement et qui ne s’arrête pas. Pourquoi faut-il que le nouveau et jeune président français coupe l’herbe aux pieds des Bolloré, Bouygues et autre Total ? Ce qui est aussi inquiétant dans l’attitude de nos intellectuels, c’est leur résignation comme si la relation entre la France et l’Afrique est une fatalité de Dieu. Donc, seul Dieu peut délivrer l’Afrique. Ils sont incapables de reconnaître leur lâcheté, leur incapacité à se remettre en question comme leurs dirigeants. Ces fils d’anciens résistants qui ont combattu pour les indépendances trahissent, sans état d’âme, les héros morts pour la liberté.

Emmanuel Macron ne remettra jamais en cause la françafrique. Il appartient aux africains de concevoir un modèle pour sortir le continent de sa profonde nuit. La liberté ne se donne pas.

Pourquoi Macron renoncerait-il à un pillage séculaire avec la complicité évidente des chefs d’états africains et des intellectuels ?

Un nouveau modèle de coopération ne verra pas le jour avec les dirigeants actuels. L’Afrique a besoin de décoloniser ses esprits comme le dit si bien le politologue camerounais, Achille MBembé.

Ce travail sera long. Mais il faut commencer aujourd’hui avec une campagne de sensibilisation à l’échelle continentale.

L’Afrique ne peut se développer que par l’effort de ses enfants. Elle ne peut et ne doit compter que sur elle-même pour éradiquer sa décente programmée aux enfers. Elle a les moyens pour le faire. Elle est riche et fournit une main d’œuvre jeune, disponible et courageuse.

Les pistes proposées jusqu’ici pour sortir de la longue nuit sont nombreuses. Elles ont montré leurs limites car les changements sur le plan politique sont maigres. La culture du plus grand nombre s’impose. Pour cela, nous devons mettre un terme à l’infériorisation de notre culture et de nos rapports de dominants et dominés.

Cette domination repose sur une culture. Nous devons mettre fin à ce système qui se perpétue de manière organisée depuis des siècles. A l’heure de la mondialisation, le modèle de coopération entre la France et ses anciennes colonies n’est plus adapté. Il n’échappe à personne qu’il est très déséquilibré. Mais les africains ont-ils la volonté voler de leurs propres ailes ?


Par Michel Lobé Etamé
Journaliste
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vendredi 9 juin 2017

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