L’insoutenable aveuglement des élites francophones africaines
Par Michel Lobé Etamé

Envoyer
Imprimer Commentaires - Ajouter3 859 Diminuer la taille de la police Augmenter la taille de la police
#####
 

Depuis une dizaine d’années, l’Afrique francophone traverse une crise identitaire profonde qui remet en cause ses projets de développement économique et social. Celle-ci se traduit par les modifications des constitutions, les guerres ethniques ou religieuses, les élections truquées et gagnées à l’avance. Il faut ajouter à ce cocktail explosif l’emprisonnement systématique des opposants politiques victimes de procès fantaisistes et dilatoires.


Cet aveuglement prolonge incontestablement la mise « sous-tutelle » des anciennes colonies de la France et les maintient dans une léthargie suicidaire.

Lors des dernières élections au Togo, en République du Congo, en Guinée et au Niger, les régimes en place n’ont fait que consolider des dictatures qui continuent à tirer vers le bas des populations livrées aux religions, à un dieu devenu sourd, muet, aveugle et rompu aux épreuves de soumissions. Les résultats des prochaines échéances électorales au Cameroun, en République Démocratique du Congo et au Gabon ne surprendront donc personne. Elles sont gagnées à l’avance par les éternels occupants d’un fauteuil usé.

La faute incombe aux élites qui ne veulent ni se positionner, ni participer activement aux changements politiques, à l’heure où les pays anglophones d’Afrique s’émancipent de leurs mentors anglais.

Nous avons ici deux types de cultures :

- La culture anglophone qui responsabilise le citoyen et lui permet de s’affranchir pour voler de ses propres ailes comme un oiseau qui sort de son nid;
- La culture francophone paternaliste qui couve ses « enfants » pour s’éterniser dans le cocon familial tout au long de leur vie.

Ces cultures contradictoires peuvent s’observer également dans les diasporas implantées en Europe. Les anglophones s’épanouissent et s’intègrent mieux en participant activement à leur pays d’accueil. Ils prennent des initiatives en créant des entreprises.

Chez les francophones, une inertie patente s’observe. L’assistance devient culturelle. L’immigré, même naturalisé, attend tout de l’état providentiel. Pour ceux qui veulent prendre leur envol, il leur faut un parrainage, une autorisation « paternelle » ou encore un sauf conduit. Une culture qui créé des assistés.

En Afrique, les élites francophones qui participent activement à la vie économique et politique de leurs pays respectifs n’ont qu’une obsession : avoir un parrain en France ou être reconnu par Paris. Car il n’est pas envisageable d’arriver au plus haut sommet sans l’aval ou l’appui de la puissance coloniale. Pour être crédible, une élite a besoin d’avoir un carnet d’adresses à Paris, parmi les hauts responsables des deux grands partis politiques français.

Les élites d’Afrique francophones sont convaincues que rien n’est possible dans leur ascension sociale, politique ou économique s’ils n’ont pas de mentor en France. Il faut ajouter à ce contexte de dépendance d’autres « obligations » informelles qui saucissonnent nos intellectuels. Ils se battent pour appartenir aux obédiences occidentales qui maintiennent sur place des cercles de « réflexion » ésotériques pour « promouvoir » la liberté, la démocratie et l’épanouissement des populations.

L’appartenance à ces obédiences devient un privilège. Les « élites » se battent pour les intégrer. Ils sont convaincus, à tort ou à raison, que l’ascension sociale n’est possible qu’à travers les obédiences occidentales. Elles contribuent ainsi à privilégier la politique du ventre au détriment des idéaux républicains.

Dans ce contexte, les élites ne servent plus leurs pays. Ils obéissent à des maîtres extérieurs dont les intérêts sont différents des priorités de leurs pays.

Nos chères élites naviguent à contre-courant. Ils confondent leurs intérêts égoïstes et privilégient les intérêts des maîtres qu’ils servent.

Nous comprenons donc pourquoi les églises se sont engouffrées dans les brèches laissées par cette minorité qui nous gouvernent. Le pauvre citoyen se tourne vers Dieu, convaincu que le bonheur ne viendra que de l’au-delà. L’effort individuel ne trouve plus dans ce contexte social la récompense au mérite.



Par Michel Lobé Etamé
Journaliste
Retrouvez l’éditorial sur notre site www.ekilafrica.com et laissez vos réactions avec modération.
Vous pouvez suivre tous les vendredis à 13h30 sur Radio Sud Besançon un débat d’actualité animé par Michel Lobé Etamé à cette adresse : http://radiosud.net/

vendredi 8 juillet 2016

Dans la même catégorie

Commentaires

Nom / Prénom / Pseudo
*
Votre email
*
Votre commentaires*
Le formulaire est verrouillé..
Cliquez ici pour désactiver la sécurité du formulaire

 
Par ROSE le 12/07/2016
Je te remercie pour cet article. Je le trouve un peu systématique et léger sur le traitement d'un sujet qui est sérieux et grave. Il y a en Europe des africain(e)s francophones chef(e)s d'entreprises, inconnu(e)s des africains car pour y arriver ils/elles se sont concentré(e)s et consacré(e)s à leur réussite et non à essayer de "briller" au sein de leurs communauté d'origine. Il s'agit à mon sens de valeurs et d'attitudes qu'il nous faut changer. Il y a des paradigmes de réussite en Europe que les Africains francophones n'ont tout simplement pas intégré, ils ont des formes d'organisation communautaristes qui n'ont pas pour objectif de faciliter l'intégration sociale et économique de leurs membres, et de se poser en force de proposition dans des paysages démocratiques tel qu'ils existent en Belgique, France, Espagne, Italie...afin de défendre nos intérêts. Quels sont nos intérêts et nos valeurs ? Savons nous les énoncer et les défendre en argumentant ? Continuons à aimer les belles chaussures, les habits riches, l'image de soi...et laissons aux autres le soin de fabriquer et vendre toutes ces choses qui nous sont indispensables pour soigner nos égos meurtris et endoloris... Si 10% des sommes dépensées en fringues, chaussures et produits décapants étaient dépensées à mettre sur pied ou financer des entreprises créatives de valeur, nous serions l'une des communautés les plus riches. Nos choix sont tout simplement égoïstes et orientés vers la jouissance immédiate. Je suis sévère, je te le concède. Ayons le courage de nous regarder en face et de questionner nos habitudes et valeurs. Bonne fin de semaine,
Par FRANCOIS le 10/07/2016
-Bonjour Michel Merci pour tout ton travail.... Mais dans cet éditorial, les prémisses sont erronées. 1- il n'y a pas d'identité élucidée, consciente, viable. 2- donc pas de crise identitaire. on est sans identité, on naît ainsi. 3- les élections sont comme des défécations. Ça fait des odeurs desquelles poussent des défections. Rien de solide donc à construire avec. Un point important que vous évoquez, hélas furtivement, c'est le sommeil de pseudo-intellectuels que nous croyons être. Y-a-t-l des intellos en Afrique ? L'Afrique se meurt pour ça. Également le monde entier, voir les séries de films d'horreurs réelles aux Usa. J'en dirais lus, mais ... À plus! Mugire Imhagalike n'Ubugingo (Ayez la droiture et une saine santé) ! Francois M. (1-819-461-0353) www.munyabagisha.net ----------------------------- Il y a dans tout comportement d'autrui notre part d'influence par nos actions, nos omissions, nos attitudes ou nos pensées. C'est ensemble que chacun peut s'élever et contribuer à l'amélioration de la vie autour de soi. «Ne tuez pas Gitera, tuez Ikibimutera (la cause)», sé Rudahigwa, roi du Rwanda, 1957.
Par JEAN-RENE le 10/07/2016
Michel Tu as sans doute raison meme s'il faut mettre un bemol. Depuis plus de douze ans maintenant je travaille dans Le cote anglophone de l'Afrique. Le role des elites et des dirigeants des etats n'est pas a sous estimer dans la situation actuelle mais Le mal vient de l'origine des independances. La France en realite est sortie par la Porte et rentree par la fenetre. Il faut denoncer cette situation. Toute personne honnete reconnait que le systeme mis en place ne permet pas l'emancipation. Cite moi un seul exemple de pays anglophone ou l'Angleterre intervient de maniere aussi decisive. Tous ont leur propre monnaie. Leur banques centrales ne recoivent pas d'instruction de Londres. Etc.... Quid des pays francophones? on peut citer des examples nombreux de la main mise et de la ferme volonte de la France de continuer a controler directement cet ensemble. Que dire de la recente histoire de la la Cote D'ivoire . C'est tres triste. JR


EBANDA Manfred 1935 - 2003 - Compilations 2013 des plus belles reprises d'AMIE (AMI OH) en téléchargement Henry Njoh en téléchargement Dina Bell en téléchargement Charles Lembe en téléchargement Album Micheline Ewang - Dissongo en téléchargement Ben Decca en téléchargement
Newsletter
The Very Best of - Bell'A NJOH en téléchargement