La convergence des violences est un risque sécuritaire au Cameroun
Par Michel Lobé Etamé

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Il serait malsain de crier victoire. Boko Haram n’est pas mort. Certes affaibli par des coalitions peu motivées, Boko Haram continue à tutoyer les pays frontaliers du Nigéria dont le Cameroun est devenu une cible idéale dans un contexte sécuritaire inadapté.


Le Cameroun est devenu un cocktail de quatre ingrédients explosifs qui annihile les luttes contre toutes les formes de violence. Dans ce menu, nous retrouvons : Boko Haram, les coupeurs de route, les bandits qui sévissent la nuit en ville et les flics racketteurs. Cette convergence de violence est un risque sécuritaire pour le Cameroun.

Le nord du Cameroun, trop longtemps marginalisé par les autorités est fragilisé par une bande de terroristes mouvants qui tuent, incendient, pillent, violent et sèment la terreur. Le nombre de déplacés ne cesse de grossir et s’ajoute aux réfugiés nigérians et centrafricains qui fuient les affres de la guerre. Le cours de la vie, dans ce contexte de violence permanente, est aussi paralysé par l’insécurité urbaine. Les nuits sans lumière deviennent un cauchemar pour le citoyen.

Boko Haram va continuer à prospérer car la pauvreté est un incubateur de violence et de radicalisation de la jeunesse. Une jeunesse désœuvrée et sans avenir qui doit choisir entre l’exil vers la Méditerranée meurtrière et l’allégeance à Boko Haram. Il s’est installé un climat émotionnel et anxiogène difficile à gérer. Les souffrances physiques et psychologiques pèsent sur le moral des troupes. L’effort de guerre pèse également sur les finances du pays.

Les populations du Cameroun se sont adaptées, malgré elles, à la violence urbaine qui est la conséquence de la pauvreté et de l’inactivité. Les moyens mis en place pour endiguer la violence urbaine prennent maintenant en compte une nouvelle équation : Boko Haram et les coupeurs de route.

Le Cameroun, avec l’appui de l’Onu, n’a pas été préparé à mener une guerre d’usure. Il est mal équipé et son armée est très peu motivée. La vérité est que le citoyen ordinaire ne croit plus en l’état (Nigeria, Cameroun, Niger, Centrafrique, Mali). Ces bureaucrates ne prennent pas la mesure du désastre et du déséquilibre provoqués par cette guerre où l’ennemi commun recrute à tour de bras une jeunesse pauvre et inculte.

La semaine dernière, la coordinatrice humanitaire de l’Onu pour le Cameroun a qualifié de « vrai danger et de dramatique » la situation sécuritaire du Cameroun. Ce cri n’a pas eu l’écho escompté. En effet, les dirigeants du Cameroun, habitués à pratiquer la politique de l’autruche, laissent pourrir la situation. Ils sont convaincus qu’avec le temps, l’essoufflement du terrorisme est inéluctable. Ce raisonnement est sans fondement et ne rassure pas ceux qui subissent au quotidien les tortures de Boko haram, les coupeurs de têtes et les bandits urbains. Car, ne l’oublions pas, la pauvreté et l’illettrisme ont un dénominateur commun : l’insécurité.

Un terreau fertile pour le recrutement de Boko Haram

Le nord du Cameroun est devenu un terreau fertile pour Boko Haram. La jeunesse sans avenir est livrée à elle-même. L’islam prospère grâce aux capitaux des pays du Golfe qui y déversent de l’argent pour la construction des mosquées et l’enseignement de l’arabe. Cet argent est le bienvenu pour des chefs traditionnels pauvres à l’écoute des prédicateurs venus du Moyen Orient.

L’État ne peut ignorer les campagnes menées sur le terrain de ces barbus qui prônent une nouvelle guerre sainte : le djihad. Les populations y voient un espoir pour sortir de la misère quotidienne. Et comme l’argent n’a ni odeur ni saveur, les responsables religieux en place en demandent toujours.

La jeunesse, livrée à elle-même, voit en Boko Haram et en la religion, la dernière échappatoire d’une vie ennuyeuse, injuste et ingrate.

Comment vaincre Boko Haram et l’insécurité grandissante au Cameroun?

La lutte contre Boko Haram est étroitement liée à l’éradication de la pauvreté et de l’illettrisme. La pauvreté matérielle engendre la pauvreté morale qui fait un nid douillet aux prédicateurs et à leurs complices. La lutte contre Boko Haram et toutes les violences est un enjeu majeur pour les camerounais et les africains.

Il ne fait aucun doute, en parallèle, de s’interroger sur les politiques de nos armées qui doutent et s’épuisent face à un adversaire mobile. Mais, un autre ennemi est encore plus responsable du risque sécuritaire au Cameroun : la violence administrative des policiers racketteurs qui pourrit les efforts systémiques.

Vu du sud du Cameroun, la situation n’est pas si alarmante. La mort sévit loin d’eux. Mais pour combien de temps ?

Les autorités du camerounaises ont-t-elles conscience des enjeux en cours qui vont influer sur le long terme? La déstabilisation du pays remet en cause les ambitions de développement. Les objectifs du millénaire pour le développement (OMD) ne seront pas atteints et les politiques économiques en cours accoucheront d’une souris.

Est- ce le Cameroun des « Grandes Ambitions » dont nous rêvons ?



Par Michel Lobé Etamé
Journaliste
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vendredi 17 juin 2016

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