Les clercs de la république
Par Michel Lobé Etamé

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Le pouvoir politique au Cameroun est à bout de nerf. La faute revient aux égarés que l’on retrouve sur toutes les arènes médiatiques du pays. Il faut donc désigner et écraser cette vermine puante qui veut détruire une république paisible qui œuvre nuit et jour pour le bonheur de ses citoyens.


Le ministre Paul Atanga Nji a trouvé, après moult efforts, les incriminés : les médias et les ONG. Le bouc émissaire est délogé. Bas les masques comme dirait l’autre. Le pouvoir a enfin mis la main sur ces renégats que la clémence du pouvoir a toujours toléré. Ces ennemis invisibles sont responsables de l’image de marque d’un pays qui a échappé jusqu’ici aux critiques virulentes des intellectuels gauchistes et anarchiques.

La théorie permanente du complot

Quand plus rien ne va, il faut montrer du doigt l’ennemi. Depuis le sommet de l’État, les complotistes se comptent par milliers. On montre du doigt les partis d’opposition dans un pays où le multipartisme déguisé est autorisé. Le rôle des ONG dans leurs couvertures médiatiques est pointé. Ils font part des atrocités de la guerre au Noso. Les deux camps sont régulièrement visés. Il y a aussi les médias qui deviennent les parias du pouvoir.

Dans une démocratie, le rôle du pouvoir est bien défini. Il régente tout. Mais il ne peut empêcher aux citoyens de s’organiser à travers les partis politiques. Mieux encore, ces derniers ont le devoir de dénoncer les dérives du pouvoir et de proposer des solutions pour sortir d’une léthargie qui enfonce le pays.

La chasse aux médias et aux ONG bat son plein au Cameroun où les autorités ne cachent plus leur agacement contre des institutions qui jouent singulièrement leur rôle sans bafouer la loi. Ainsi, le ministre de l’administration territoriale, Paul Atanga Nji n’a pas mâché ses mots lors d’une récente sortie médiatique. Il a déclaré la guerre à tous les médias qui « combattent le prisme central ». Il a aussi dénoncé les ONG responsables de l’image ternie du Cameroun.

Dans cette guerre ouverte contre les « ennemis » de la République, Paul Atanga Nji a pu compter sur une sortie médiatique de l’intellectuel Mathias Eric Owona Nguini. Ce dernier s’en ai pris, à mots feutrés, aux médias critiques.

Mathias Eric Owona Nguini s’était montré sous un jour moins sombre quand il définissait le rôle de l’intellectuel en ces termes : « Tout intellectuel, même de pouvoir, a une ligne critique au service d’une orientation politique. Il prend position. Les autres sont des clercs. Ils mettent leur intelligence ou leur expertise au service d’un pouvoir. Ils le légitiment ».

La dernière sortie médiatique de Mathias Eric Owona Nguini est aux antipodes de ses déclarations qui ont fait de lui, à un moment donné, un homme providentiel, un espoir aux voix monocordes du pouvoir. Il méritait le respect. Aujourd’hui, il a délibérément pâli son image. Son discours trahit une fois de plus, l’image de l’intellectuel camerounais qui, une fois encore, s’est écornée. Il rejoint la longue et triste liste des clercs de la République.

La chasse aux sorcières est ouverte

Qui sont donc les ennemis de la patrie ? Cette question surprendra plus d’un. Pour le ministre Paul Atanga Nji, les ennemis sont démasqués. Il s’agit des ONG et des médias qui sont nommés : Équinoxe Télévision, STV, radio balafon et le journal Le Jour. La France a été montrée du doigt et avec elle, les multinationales qui veulent piller les « mines rares » de la République.

A aucun moment, le ministre n’a cité un membre de l’opposition, ni la cohorte des pilleurs des deniers publiques. L’opposition serait-elle en pénitence ? Nous avons vu défiler la jeunesse camerounaise devant l’ambassade de France à Yaoundé et à Douala. Cette scène surréaliste a surpris tous les observateurs dans un pays où aucune marche de l’opposition n’est tolérée. Les temps changent, me direz-vous !

L’Ambassadeur de France au Cameroun, Christophe Guilhou a ajouté à la confusion. Il s’est librement exprimé sur une télévision locale. Ses conclusions n’ont surpris personne. Et il a conclu en ces termes : « Nous n’avons aucune preuve des accusations contre les ONG ! »

Les preuves contre les ONG siffleront la fin de la récréation. En attendant d’intensifier la lutte contre Boko Haram et de pacifier le NOSO, nous avons tout à gagner à tolérer d’autres sons de cloches dans un pays où la paix s’éloigne dangereusement.



Par Michel Lobé Étamé
Journaliste
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vendredi 27 mars 2020

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