USA: A la découverte de la dernière survivante de la traite négrière

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Hannah Durkin, de l'université de Newcastle, avait précédemment identifié le dernier esclave survivant capturé en Afrique au XIXe siècle et amené aux États-Unis comme une femme appelée Redoshi Smith, qui est morte en 1937.



Mais elle a maintenant découvert qu'une autre ancienne esclave, Matilda McCrear, avait vécu trois années de plus.

Matilda est morte à Selma, en Alabama, en janvier 1940, à l'âge de 83 ans - et l'histoire de sa vie rebelle a été la dernière preuve vivante en lien avec les esclaves enlevés en Afrique.

Son petit-fils de 83 ans, Johnny Crear, n'avait aucune idée de l'histoire de sa grand-mère.

Dans les années 1960, il avait été témoin de violences contre des manifestants pour les droits civils à Selma, où Dr Martin Luther King s'était adressé aux manifestants.

Lorsqu'il a découvert que sa grand-mère avait été réduite en esclavage, il a déclaré à BBC News : "Jjai eu beaucoup d'émotions mitigées".

"Je pensais que si elle n'avait pas subi ce qui s'était passé, je ne serais pas là".

"Mais cela a été suivi par de la colère."

Matilda avait été capturée par des négriers en Afrique de l'Ouest à l'âge de deux ans, arrivant en Alabama en 1860 à bord de l'un des derniers navires négriers transatlantiques.

Avec sa mère Grace et sa sœur Sallie, Matilda avait été achetée par un riche propriétaire de plantation appelé Memorable Creagh.

Selon Dr Durkin, ces familles ont dû éprouver un terrible sentiment de séparation, de perte et de désorientation.

La mère de Matilda avait perdu le père de ses enfants et deux autres fils laissés derrière elle en Afrique.

Et aux États-Unis, elle n'avait pas pu empêcher que ses deux filles lui soient enlevées, vendues à un autre propriétaire et qu'elle ne les revoie plus jamais.

Matilda, Grace et Sallie ont tenté de s'échapper de la plantation peu après leur arrivée, mais elles ont été reprises.

L'abolition de l'esclavage, en 1865, apporta l'émancipation mais la famille de Matilda continua à travailler la terre, piégée dans la pauvreté comme métayers. Il semble que Grace n'ait jamais beaucoup appris l'anglais.

"Mais l'histoire de Matilda est particulièrement remarquable parce qu'elle a résisté à ce que l'on attendait d'une femme noire dans le Sud des États-Unis dans les années qui ont suivi son émancipation", déclare le Dr Durkin.

"Elle ne s'est pas mariée".

"Au lieu de cela, elle a vécu en union libre pendant des décennies avec un homme blanc né en Allemagne, avec lequel elle a eu 14 enfants."

Il semble également probable que son partenaire était juif, dit le Dr Durkin.

La relation du couple était "étonnante" pour son époque, dit-elle, car elle dépassait les frontières de la race, de la classe, de la religion et des attentes sociales.

Et Matilda a changé son nom de famille de Creagh, celui du propriétaire d'esclaves, en McCrear.

"Elle avait une volonté remarquable", dit le Dr Durkin.

"Même si elle a quitté l'Afrique de l'Ouest lorsqu'elle était enfant, elle semble avoir porté toute sa vie des cheveux dans un style traditionnel yoruba, un style qui lui a probablement été enseigné par sa mère", explique Dr Durkin, dont les recherches sont publiées dans la revue Slavery and Abolition.

Elle portait également les marques faciales d'un rite traditionnel en Afrique.

Dans ses 70 ans, Matilda a entrepris un autre voyage, parcourant 24 000 km sur des chemins de terre jusqu'à un tribunal du comté pour demander une indemnisation pour son esclavage.

Elle faisait alors partie du petit nombre d'esclaves africains survivants qui semblent avoir pris contact les uns avec les autres.

Il y avait une colonie près de Mobile, en Alabama, de descendants d'esclaves du même navire que Matilda, où l'on parlait une langue de l'Afrique de l'ouest, le yoruba.

Dans le Sud profond, dans les années 1930, cette demande d'indemnisation, présentée par une pauvre femme noire, ancienne esclave, avait peu de chances d'être entendue et sa requête a été rejetée.

Mais une idée aussi provocante, la réparation de l'esclavage, a attiré l'attention de la presse locale et les interviews ont permis de compléter certains détails de sa vie.

À sa mort, alors que l'histoire encore crue de l'esclavage restait un sujet difficile et dangereux, il n'y avait pas de nécrologie - et pas de reconnaissance.

"Il y avait beaucoup de stigmatisation liée au fait d'avoir été esclave", dit Dr Durkin.

"La honte était placée sur les personnes qui étaient esclaves, plutôt que sur les esclavagistes."

"Je suis né dans la même maison où elle est morte", a déclaré son petit-fils, M. Crear.

Et même si sa famille savait que Matilda était originaire d'Afrique, on ne parlait pas beaucoup de sa vie.

"Cela comble une grande partie des lacunes que nous avons à son sujet", dit-il à propos des recherches du Dr Durkin.

Mais la cruauté dont Matilda a fait l'objet ne le surprend pas.

"Depuis le jour où le premier Africain a été amené sur ce continent en tant qu'esclave, nous avons dû nous battre pour la liberté", dit-il.

Il a grandi à une époque de ségrégation raciale - et ses parents ont accordé une grande importance à l'éducation comme moyen d'échapper à la pauvreté et comme "clé pour changer le monde".

Mais le manque de connaissances sur sa grand-mère reflète à quel point l'histoire de l'esclavage est encore enfouie sous la surface.

"Je ne suis pas surpris qu'elle ait été si rebelle", déclare M. Crear.

Lors des manifestations en faveur des droits civils, ils chantaient des chansons ayant leurs racines dans les années d'esclavage, dit-il, en tirant parti de la même "lutte et du même combat continus" et en poursuivant les mêmes objectifs de "liberté et d'égalité réelles" que sa grand-mère à l'esprit indépendant.

"C'est rafraîchissant de savoir qu'elle avait un esprit aussi stimulant", dit-il.

Mais il est encore difficile d'imaginer comment le côté glamour d'Hollywood des années 1940 a pu peindre une autre réalité de la vie des femmes et des enfants amenés d'Afrique par les chaînes.

jeudi 26 mars 2020

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