GRACE EBOUE: DE LA CHANSON A L’ECRITURE
Par François Zo'omévélé Effa

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Quand on lui demande comment elle est passée de la chanson à l’écriture, de son album, « A cœur ouvert » à son roman, « Je te cherchais et je me suis perdue », elle marque un temps d’arrêt puis, dans un sourire, elle dit qu’elle a fait des études de comptabilité puis a travaillé dans le secteur bancaire et financier, ce qui est loin de la musique. Il a fallu un triste événement, la mort de sa maman.


En effet, sa maman était fondatrice d’une célèbre chorale au Cameroun. Elle s’en est allée, après une longue maladie. Et elle, sa fille, a voulu lui rendre hommage en faisant la reprise de sa chanson préférée. Elle avait certes des capacités de chant pour avoir fait ses preuves dans plusieurs chorales. Elle entra en studio avec des musiciens, puis elle en est ressortie avec huit titres. Était-ce une ouverture spirituelle, elle dit avoir découvert la joie et la guérison qui viennent quand on laisse le pouvoir de la musique nous reconstruire. Son entrée dans le monde musical n’était pas pour divertir. Elle aime à dire qu’elle utilise la musique pour guérir et éduquer les esprits et pour élever les consciences.

Et pour ce qui est de l’écriture, elle nous renvoie pour nous expliquer ses motivations à toutes ces vidéos qu’on voit dans les réseaux sociaux : des appels à l’aide de ses sœurs maintenues comme esclaves dans des pays comme le Liban, le Koweit… et les images de ces Africains qui se noient dans la mer en voulant rejoindre l’Europe. « Ces images, nous dit-elle, qui sont dignes des pires films d’horreur, sont hélas la réalité de notre monde ». Elle s’est demandé pendant longtemps comment pouvoir arrêter ces émigrations à tout prix de la jeunesse africaine. Mais qui ? Elle a donc pris sur elle, elle, Arlette Grâce Elangué Eboué, de devoir apporter sa contribution pour ce changement qu’elle voudrait voir dans son peuple. Cette contribution s’est manifestée sous la forme de cet ouvrage, « Je te cherchais et je me suis perdue ». En fait, elle comptait le sortir uniquement pour sa fille. Mais elle a décidé de le rendre public et de partager avec son peuple en souffrance les précieuses leçons de vie que ce livre recèle. Cependant, elle tient à préciser que le livre s’adresse autant aux populations africaines qu’occidentales. Nous l’avons rencontrée.

On dirait que le titre de votre ouvrage invite à un voyage, est-ce le vôtre ?

Ce livre incite à des questions existentielles du genre « Qui cherchais-tu ? », « Qui s’est perdu ? », « Cette personne a-t-elle retrouvé son chemin ? », puis c’est au lecteur de le découvrir.

Il ne s’agit pas de fiction, mais c’est le récit de mon parcours d’immigration, du Cameroun à la France, et de la France à la Norvège où je suis actuellement installée. « Je te cherchais et je me suis perdue » est unique en ce sens que je ne connais pas d’autres auteurs africains qui ont mis sur papier leur parcours d’immigration tel que je le raconte dans ce livre. C’est à cause de la honte que beaucoup d’immigrés n’aiment pas parler de leur parcours de vie. Honte d’avouer qu’on n’a pas réussi, honte d’avouer que ça ne s’est pas vraiment passé comme on le croyait, honte d’avouer qu’avec mon mari blanc là, ça n’a pas fonctionné. Honte aussi de constater que les nôtres restés au pays ont réalisé plus de choses que nous.

Honte enfin d’avouer que la barre illusoire a été mise trop haute et qu’on vous fait croire qu’on a réussi à la sauter, or ce n’est pas le cas.
Beaucoup d’Africains font croire non seulement qu’ils ont réussi, mais en plus qu’ils vivent ce paradis qu’on croit trouver de l’autre côté de la prairie. Fiction, mythe ? Il s’agit de démonter les mythes, le mythe de l’Europe, le mythe du mari blanc, le mythe de la religion chrétienne ainsi que beaucoup d’autres mythes…

Casser et démystifier ces mythes, est-ce votre façon d’affranchir l’Africain ?

L’Africain a cruellement besoin de se libérer des chaînes de mensonge et d’illusion qui ont été savamment tissées contre lui par ces peuples-là qui veulent tout lui prendre et, par ce faire, réduire sa vie à un enfer.

Des vérités historiques, scientifiques, géographiques, bref tous ce qui fait les certitudes de notre monde ont été vicieusement falsifiées, enlevant ainsi toute possibilité à l’Africain de se reconnaître comme le Premier, le Héros et le Leader inné qu’il est, avec tout ce que cette grandeur aurait pu inspirer à la jeunesse africaine qui s’est ainsi vue spoliée de ses modèles et possibilités d’accomplissement. Beaucoup d’Africains vont chercher ailleurs aujourd’hui les vérités de leur histoire et de leur existence que d’autres se sont appropriées. Pourtant, je vous assure qu’ils n’ont rien à aller chercher ailleurs. Leur tâche ne consiste pas à aller rechercher des richesses dont ils sont immensément pourvus. Ils ont la terre la plus riche de la planète, le continent le plus riche, ils marchent sur l’or et le diamant, leur climat est l’un des meilleurs, la faune, la flore et les paysages sont uniques.

La tâche de l’Africain consiste plutôt à chercher et à trouver toutes les barrières, tous les mensonges et toutes les illusions qui l’empêchent de jouir de ces richesses et des bénédictions qui lui ont été données en tant que peuple originel.

Aussi, doit-il connaître les mensonges qui ont été tissés contre lui. On lui a fait croire qu’il est maudit, alors que c’est le contraire. C’est lui le peuple élu. Il doit comprendre les réelles intentions cachées derrière tous ces mensonges et le vrai but de la guerre qui lui est faite. Pourquoi veut-on lui prendre tout ce qu’il a ?

Je sais que ce que je dis choque plusieurs personnes, mais l’heure n’est plus au ménagement d’un peuple ou d’une race. L’Afrique souffre trop pour continuer à se taire. De nos jours, peut-on trouver des Africains qui ne soient ni en colère, ni révoltés ? Quand c’est le cas, c’est qu’ils ferment les yeux sur tous les abus. On ne peut plus ignorer les maux que l’Europe et l’Amérique, bref l’Occident, ont causés et continuent de causer à l’Afrique et spécifiquement au peuple noir. Ce peuple doit connaître sa vérité, et c’est elle qui l’affranchira. Et c’est à cet affranchissement que je voudrais contribuer.

Etes-vous une militante ? Car vous donnez l’impression de vouloir remettre certaines vérités historiques à l’endroit ?

« Si tu ne sais pas où tu vas, regarde d’où tu viens » nous dit un proverbe africain. Comment la jeunesse africaine pourra-t-elle avancer quand elle ne sait pas d’où elle vient, qui elle est ? Si elle ne sait pas que sa grande famille africaine est remplie de savants, de connaisseurs et de sages,

Comment pourrait-elle avoir des repères qui lui permettent à elle aussi de briller ?

Il y a des mensonges organisés par certains Occidentaux, qui nous ont fait beaucoup de mal. Des impostures dignes d’un génie maléfique ont eu pour conséquence que les Africains, qui ont tout pour eux au départ, se retrouvent à travailler pour ceux qui n’ont rien et qui en plus les dépouillent. C’est complètement machiavélique. Je ne me donne pas le titre de militante, mais, oui, j’œuvre passionnément à dissiper des mensonges et à rétablir des vérités afin de restaurer l’ordre divin pour les Africains. Et dans cet ordre-là, nous retrouverons notre couronne volée, notre leadership inné, nous serons prospères et heureux.

A propos de votre musique, quelle est votre actualité artistique ?

J’ai récemment sorti un single, « ASANGO’A MBOA », qui signifie « Oh chef du peuple ». Cette chanson relate les adieux du roi Douala Manga Bell à son peuple, la veille de sa pendaison par les colons allemands, alors qu’il s’opposait à ce qu’ils instaurent un apartheid au Cameroun tel que cela avait été fait en Afrique du Sud.

Vous savez, j’ai quitté très jeune le Cameroun pour la France d’abord, puis la Norvège où je suis actuellement installée. Depuis quelques années, il m’est devenu impossible de rester aveugle et passive sur les abus qui sont faits en terre d’Afrique et sur la diabolisation volontaire du peuple noir par les Occidentaux dans tous leurs médias. Je me suis posé des questions -pourquoi, comment- sur tous les maux que nous connaissons. J’en suis venue à la conclusion, encore une fois, que je devais apporter ma contribution pour notre relève qui, pour moi, passe par un réveil du sentiment de grandeur en chaque Africain. J’ai voulu rappeler à son souvenir un grand homme, un héros, afin qu’il soit quelqu’un à qui s’identifier dans une Afrique en manque de modèles, de vrais modèles. Il s’agit aussi d’encourager nos jeunes à s’identifier au Douala Manga Bell ou au Thomas Sankara qui sommeille en eux. La reconstruction de notre continent l’exige.

Artistiquement, j’ai l’habitude de me définir comme une « motivanationale singer », c’est-à-dire que j’utilise la chanson pour motiver à être et à penser différemment et pour reconstruire ce qui a été détruit ou courbé. « ASANGO’A MBOA » fait partie d’un album qui sortira bientôt et qui relate l’histoire du peuple noir, ses espoirs, ses erreurs, sa gloire, ses souffrances. Cet album comportera une dizaine de titres, allant du reggae au bikutsi, en passant par des ballades appelant à la réflexion, la médiation, la quiétude d’esprit et la joie.

Comment se procurer votre livre et vos musiques ?

« Je te cherchais et je me suis perdue » est disponible sur commande sur Amazon. Ma musique, quant à elle, est disponible sur toutes les plateformes de distribution de musique.

Et pour finir, en Europe et en Amérique, il y a un préjugé populaire qui fait des Noirs des fainéants. Ce n’est pas mon expérience ni mon opinion des Noirs africains, que je trouve travailleurs, parce qu’ils se tuent à la tâche, parfois sans trop de résultats. Les chaînes économiques et politiques ont truqué le jeu, ils en sont perdants d’avance. Ils se battent mais c’est comme s’ils essayaient d’enlever sur le miroir le bouton qui est sur leur visage ; or, on aura beau gratter sur la glace, rien ne changera. Le problème se situe ailleurs. Le miroir n’est qu’un effet.

L’Afrique extérieure que nous voyons est une projection et une photo de sa condition dans le monde des idées et du spirituel, de l’invisible et du visible. Par conséquent, les Africains ne cherchent plus à transformer le monde extérieur ou le miroir. Qu’ils ne cherchent plus leur bonheur chez « l’autre », mais qu’ils gagnent la bataille mentale et spirituelle de leur destin ! Notre situation dans le monde est un résultat et non une cause, elle changera aussi dès que nous aurons changé la cause.

François Zo’omevele Effa

lundi 6 mai 2019

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