France: Macron lance un débat «sans tabou» pour répondre aux «gilets jaunes»
AFP

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Le président Emmanuel Macron a donné mardi dans une région rurale du nord-ouest de la France le coup d'envoi officiel d'un « grand débat » qu'il veut « sans tabou », un exercice inédit à l'échelle nationale pour tenter de répondre à la crise des « gilets jaunes » qui secoue la France.

Devant 600 maires de petites ou grandes communes de Normandie, M. Macron a évoqué une série de « fractures », « sociale », « économique » et « démocratique », à la racine de la colère des manifestants entrés en rébellion depuis près de deux mois contre la politique sociale et fiscale du gouvernement.

« Je pense que nous pouvons faire de ce moment une chance », a lancé le président. « Toutes les questions sont ouvertes » pour ces deux mois de débats auxquels tous les Français peuvent participer et « il ne doit pas y avoir de tabou », a-t-il ajouté.

Prenant au mot le chef de l'État, les édiles ont ensuite égrené les doléances de leurs administrés : manque de médecins ou de transports collectifs, fermetures de maternité, fracture numérique...

« Nous souffrons d'isolement en étant pourtant qu'à 160 km de Paris », a souligné Jean-Noël Montier, maire de Mesnil-en-Ouche, tandis qu'un de ses collègues confiait son « sentiment d'une France à deux vitesses ».

« Nous sommes tous conscients que la France va mal », a insisté Guy Lefrand, vice-président du conseil régional de Normandie. « Le lien entre l'État, que vous représentez, et la nation que nous sommes est rompu ».

Reconnaissance du monde rural, gouvernement d'union nationale, rétablissement d'un impôt portant sur l'ensemble du patrimoine des contribuables les plus aisés... plusieurs propositions ont été avancées par ces maires devant le chef de l'État.

Ce dernier mise sur ce débat national pour relancer son quinquennat et reprendre l'initiative après deux mois de crise et d'effondrement dans les sondages.

Cette première sortie d'Emmanuel Macron hors de Paris depuis un mois se déroulait sous haute sécurité, alors que des « gilets jaunes » et des syndicats ont appelé à manifester sur place.

Malgré un arrêté interdisant toute manifestation à Grand-Bourgtheroulde, une centaine de protestataires sont parvenus à rejoindre le bourg.

« Macron démission », ont scandé ces manifestants vite dispersés par les forces de l'ordre à coup de gaz lacrymogène.

Le président ira-t-il discuter avec des habitants lors d'un de ces bains de foule qu'il affectionne ? Tout dépendra de l'ambiance, indique l'Élysée.

Risques de l'exercice

Depuis qu'il a été violemment pris à partie par des manifestants début décembre au Puy-en-Velay, Emmanuel Macron n'est que très rarement retourné au contact des Français. Il avait ainsi fait une visite éclair sur le marché de Noël de Strasbourg le 14 décembre, après l'attentat qui a fait cinq morts.

« Ce n'est pas le moment de se cacher, il faut sortir, les gens ne veulent pas d'un président planqué à l'Élysée », plaide une source gouvernementale.

Pour ce déplacement, le président était accompagné de quatre ministres, dont les deux chargés d'animer le grand débat : Sébastien Lecornu (Collectivités territoriales) et Emmanuelle Wargon (Transition écologique).

« L'indépendance et la neutralité du grand débat sera totale », a certifié le président de l'Assemblée nationale, Richard Ferrand, renvoyant à la désignation d'ici à vendredi de cinq « garants » pour faire respecter ces principes.

L'Élysée veut éviter que le grand débat apparaisse comme un exercice verrouillé par le gouvernement, comme l'en accuse une partie des « gilets jaunes » et de l'opposition. Il n'est donc pas question que le président tranche sur un sujet avant la fin du débat mi-mars.

Cette étape est la première d'un tour de France qui le conduira à écouter les maires de toutes les régions françaises.

Le grand débat durera deux mois autour de quatre thèmes principaux (fiscalité et dépenses publiques, organisation des services publics, transition écologique, démocratie et citoyenneté).

Mais le président aura fort à faire pour convaincre de l'utilité de l'exercice. Si près de 40 % des Français ont l'intention de participer au grand débat, seuls 34 % pensent qu'il permettra de sortir de la crise des « gilets jaunes », selon un sondage Elabe pour la chaîne BFMTV.

mardi 15 janvier 2019

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