Oser le changement au Cameroun
Par Michel Lobé Etamé

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Pays jusque-là à l’abri des conflits, le Cameroun est depuis quelques années le théâtre d’une guerre animée par la secte islamiste Boko Haram tout le long de sa frontière avec le Nigéria et le Tchad. Cette sale guerre qui s’enlise et avouée à demi-mots cause des drames. Ceux qui reviennent du front étayent les exactions des deux camps. Les pertes humaines trahissent une tragédie quotidienne et imprévisible. Le spectre de la guerre d’indépendance n’est pourtant pas si lointain avec son lot de drame humains.

Comme un malheur n’arrive jamais seul, un nouveau front vient de s’ouvrir dans la partie anglophone du pays. L’armée régulière est confrontée à des citoyens belliqueux et déterminés. Cette guerre divise le pays. Les partisans de la ligne dure prônent la force. Pour eux, aucune négociation n’est possible avec les « sécessionnistes » manipulés de l’extérieur.

Le Cameroun entre à nouveau dans un cycle de violence dont l’issue est incertaine. Nous avons en mémoire la guerre d’indépendance qui a décimé des villages entiers. Sommes-nous disposés à revoir le même scénario se reproduire aujourd’hui ? Une guerre fratricide ne risque-t-elle pas de ruiner tous les efforts de paix qui ont permis à ce beau pays de vivre et de partager ses richesses et ses valeurs ?

Redonner au dialogue ses lettres de noblesse

Les grands hommes ont marqué l’histoire par des actes concrets largement partagés par la majorité du peuple. La force n’a jamais résolu les problèmes de notre société. Bien au contraire, elle les a décalées. Elle les met en veille car ils resurgissent pour exploser tôt ou tard. C’est une bombe à retardement dont aucune génération ne veut hériter. C’est pourquoi la voie de la sagesse recommande le dialogue pour un consensus large et accepté.

La guerre au Cameroun anglophone peut trouver une issue heureuse, à brève échéance, si les dirigeants actuels du Cameroun prônaient le dialogue avec ses enfants « égarés » et rebelles. Cette démarche permettrait de remettre en cause un mode de gouvernance centralisé qui a toujours été une source de frustration pour toutes les régions du Cameroun.

La gestion calamiteuse du dossier anglophone révèle les carences du gouvernement actuel en matière de gestion des conflits. Le tout sécuritaire où s’est enfouit le régime démontre une fois de plus que le président Biya est déconnecté de la souffrance des camerounais. Dès le départ, il aurait dû prôner le dialogue. Il n’en a rien été. Ordre a été donné aux militaires de sévir sans état d’âme contre leurs propres frères.

Le président Paul Biya est-il aujourd’hui l’homme de la situation pour éteindre un incendie qui se propage et dont les exactions interpellent l’opinion internationale ? Nous pouvons en douter. L’exercice du pouvoir au Cameroun a toujours été marqué par la brutalité, la force et le mensonge. Aujourd’hui, les réseaux sociaux distillent et révèlent les nouvelles du front sur les atrocités des forces de l’ordre. La vérité est là.

La guerre en cours devient insupportable. Elle affiche les limites de la violence des forces armées et des sécessionnistes. La seule solution est le dialogue social. En effet, l’emprisonnement systématique les sécessionnistes qui échappent aux balles des militaires est une mauvaise solution qui radicalise tout une région qui ne supporte plus les frustrations, les brimades et les incohérences d’un pouvoir autocratique.

Paul Biya devrait redonner au dialogue ses lettres de noblesse. Il devrait inviter à la table des négociations tous les partis impliqués dans cette guerre sans issue. Pour cela, il devrait au préalable libérer tous les « prisonniers politiques ». La force et la brutalité n’auront pas raison de la détermination de ceux qui ont choisi le chemin de l’exil ou les nouveaux maquis.

Le dialogue reste la seule solution pour éteindre un incendie qui se développe. Oser le changement au Cameroun, c’est aussi renouveler les femmes et les hommes en place qui ont fait preuve de leur incapacité à initier des solutions de concorde et de réconciliation nationale dans un pays qui navigue à vue.

Le pouvoir en place au Cameroun a montré ses limites. S’il ne peut rassembler tous ses enfants, il est condamné à disparaitre car le vent de la liberté souffle. Rien ne peut l’arrêter. Piqués par le virus de la cleptomanie, fidèles artisans de la prostitution en politique, nos dirigeants ont fait preuve de leur incapacité à gérer dans la transparence. Faut-il donc s’étonner de voir les thuriféraires de la politique plébisciter pour un autre mandat, même en milieu carcéral, leur mentor Paul Biya ?

Les enjeux du vingt et unième siècle pour le Cameroun, pour sa jeunesse et pour son développement sont une priorité majeure. Une guerre ne peut que nous diviser. Le Cameroun a largement payé le prix de la paix sociale durant la guerre d’indépendance. Le pouvoir actuel doit rassembler ses enfants et gérer la diversité de leurs intérêts.

Oser le changement, ce n’est pas seulement changer les acteurs politiques accrochés au pouvoir comme des moules sur un rocher. C’est aussi avoir la volonté et la détermination de changer un modèle politique gangrené par la corruption, le mensonge permanent, la violence et le népotisme.
Oser le changement au Cameroun, c’est aussi dire haut et fort que l’équipe actuelle aux manettes devrait s’effacer et passer le relai à de nouvelles têtes car le Cameroun ne peut continuer à naviguer à vue.


Par Michel Lobé Etamé
Journaliste
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vendredi 22 juin 2018

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