Athènes et Skopje s'accordent sur le nom de «République de Macédoine du nord»
AFP

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L'accord conclu mardi entre Athènes et Skopje pour régler leur querelle sur le nom de l'ex-République yougoslave de Macédoine prévoit qu'elle soit rebaptisée «République de Macédoine du nord», selon une source gouvernementale grecque.

L'État voisin sera «reconnu en Grèce en tant que Severna Makedonja», la formulation en macédonien du nouveau nom, a précisé cette source dans une note d'interprétation de l'accord annoncé plus tôt par le premier ministre grec, Alexis Tsipras.

Engagés dans un marathon de pourparlers pour sceller un accord, M. Tsipras et son homologue macédonien Zoran Zaev ont eu dans l'après-midi un nouvel échange téléphonique, après une première conversation la veille.

M. Tsipras est ensuite allé rendre compte du résultat de ces conversations au président grec, Procope Pavlopoulos. «Nous avons un accord, un bon accord qui couvre toutes les conditions posées par la Grèce» a annoncé M. Tsipras.

Alexandre le Grand

Les pourparlers bilatéraux avaient été relancés il y a quelques mois après l'arrivée au pouvoir du social-démocrate Zoran Zaev, qui a succédé au nationaliste Nikola Gruevski.

L'enjeu d'un règlement pour la Macédoine est de décrocher un feu vert au sommet européen de fin juin pour entamer des négociations d'adhésion avec l'UE et d'obtenir une invitation à rallier l'OTAN au sommet de l'Alliance des 11 et 12 juillet.

En échange de la possibilité pour son voisin de conserver le mot de Macédoine dans son nouveau nom, assorti d'une précision géographique, Athènes a exigé que Skopje révise sa Constitution pour garantir que ce nom soit utilisé tant à l'international qu'au plan intérieur.

Vu d'Athènes, un tel accord devrait sonner le glas de toute revendication de la part de l'État voisin de l'héritage du conquérant macédonien Alexandre le Grand, dont la Grèce se prévaut de l'exclusivité. Il doit surtout consacrer l'absence de toute visée territoriale de sa part sur la province grecque frontalière de Macédoine.

Broncas nationalistes

Mais de chaque côté de la frontière, ce compromis est combattu par les franges nationalistes.

Au point que selon Nicholas Tzifakis, qui enseigne les relations internationales à l'Université du Péloponnèse, c'est «le débat interne» plus «que les pourparlers bilatéraux» qui sera déterminant en fin de compte.

Pour entrer en vigueur, l'accord doit en effet encore passer le cap d'un référendum annoncé pour l'automne par M. Zaev.

Proche de la droite nationaliste, le président macédonien, Gjorge Ivanov avait ainsi considéré mardi en milieu de journée qu'il était «irresponsable que la question du nom (...) soit débattue au téléphone entre les premiers ministres» et réaffirmé «le besoin d'un consensus national plus large».

L'allié gouvernemental de M. Tsipras, le souverainiste ministre de la Défense Panos Kammenos, a quant à lui réitéré dans une conférence de presse son opposition à tout partage du nom de Macédoine, sans que cela ne menace l'accord, grâce au soutien de l'opposition de centre gauche.

C'est sur cette position jusqu'au-boutiste que la Grèce avait déclenché la bataille, à l'indépendance en 1991 de l'Ancienne République yougoslave de Macédoine (ARYM), obtenant qu'elle ne soit finalement admise que sous cette appellation provisoire à l'ONU en 1993.

Entretemps, 140 pays, dont les États-Unis et la Russie, l'ont reconnue sous le nom de Macédoine et, à l'époque des gouvernements conservateurs de la Nouvelle-Démocratie (2004-2009), la Grèce s'était ainsi décidée à acter la nécessité d'un compromis.
Une longue querelle historique

De conquêtes en guerres civiles, l'imbroglio gréco-macédonien, dont Athènes et Skopje sont sortis mardi, s'est constitué en quatre temps, sur plus de 2000 ans d'histoire.

Antiquité

Tout commence au IVe siècle av. J.-C. avec le roi Philippe II de Macédoine, qui conquiert et unifie les cités grecques. S'il est traité de «barbare» par l'orateur athénien Démosthène, son fils, Alexandre, formé par le philosophe Aristote, deviendra l'un des plus célèbres hérauts de la culture hellénique, qu'il porte jusqu'aux limites du monde alors connu.

La Grèce moderne a fait de cet héritage une partie intégrante de son identité nationale, même si le débat historique se poursuit sur l'origine et la langue des Macédoniens anciens.

De quoi faire descendre plus d'un million de Grecs dans la rue quand leurs voisins du nord, descendants d'arrivants ultérieurs, slaves et albanais, ont commencé à le leur disputer dans les années 90.

Après une longue bataille livrée à coups de statues géantes et de symboles, Skopje a officiellement renoncé cet hiver à cette appropriation historique, une «usurpation», disent les Grecs, en débaptisant son aéroport et sa principale autoroute, précédemment nommés Alexandre le Grand.

Guerres balkaniques 1912-13

Devenue au fil des empires, romain, byzantin puis ottoman, un creuset multiethnique, la région de Macédoine est au centre de la compétition acharnée que se livrent sur les dépouilles de l'Empire ottoman en Europe les États-nations naissants, Grèce, Serbie et Bulgarie, et les grandes puissances d'alors, Autriche-Hongrie, Russie, France et Grande-Bretagne.

La Grèce finira par en obtenir plus de la moitié, avec comme fleuron de sa nouvelle province portant le nom de Macédoine le port de Salonique, seul accès maritime régional. Mais le partage coûtera deux guerres qui se sont soldées par une vague d'épurations ethniques et de déplacements massifs de populations. La Bulgarie doit céder le plus gros des territoires qu'elle revendiquait et l'équivalent de l'État actuel devient une province du Royaume de Yougoslavie.

Exit dans l'immédiat tout projet national macédonien, c'est à cette époque Athènes et Sofia qui se regardent en chiens de faïence.

Guerres mondiale et civile 1940-49

Dans le sillage des troupes nazies, la Bulgarie prend sa revanche en envahissant une partie de la Macédoine grecque. Le souvenir cuisant laissé par cette poussée contribuera à nourrir un demi-siècle plus tard la méfiance envers un présumé irrédentisme de la Macédoine ex-yougoslave.

Entretemps, la fin du conflit mondial débouche en Grèce sur une guerre civile entre les troupes communistes qui ont dominé la résistance et les forces royalistes, chapeautées par Londres puis Washington.

Rapidement, les combats se concentrent dans le nord, où une minorité slavo-macédonienne, laissée par le découpage du début du siècle, est soupçonnée d'être un relais d'ambitions territoriales prêtées au régime communiste du Maréchal Tito.

Elle en paiera le prix en devant fuir massivement en Yougoslavie à la fin de la guerre. Cette route de l'exil a notamment été suivie par des parents de l'actuel maire de Skopje et du ministre des Affaires étrangères, Nikola Dimitrov, selon les médias grecs.

Démantèlement yougoslave 1991-2008

Seule ancienne république yougoslave, avec le Monténégro ultérieurement, à avoir fait sécession sans guerre, en 1991, la Macédoine n'en est pas moins emportée dans le tourbillon nationaliste qui saisit alors la région.

Athènes, qui a rallié la cause serbe et soutient le régime de Slobodan Milosevic, cède à la tentation de la surenchère en lui déniant le droit de conserver une quelconque mention au nom de Macédoine, même sous la forme d'un adjectif. La Grèce ira jusqu'à imposer un embargo économique, levé en 1995, au risque d'aggraver les tiraillements à l'intérieur du jeune État entre majorité slave et minorité albanaise.

Le pays voisin devient innommable pour les Grecs, qui le désignent dans le langage courant sous le nom de sa capitale, Skopje, ses habitants étant baptisés «Skopiani».

Quand la fièvre retombe côté grec, la droite nationaliste macédonienne prend le relais, gelant toute perspective d'accord jusqu'à l'arrivée au pouvoir en 2017 de la coalition social-démocrate dirigée par Zoran Zaev.

Des relations Athènes/Skopje empoisonnées pendant presque 30 ans

Le nom qui fâche

Le 8 septembre 1991, la Macédoine proclame son indépendance de l'ex-Yougoslavie. Mais sa reconnaissance par la communauté internationale est immédiatement bloquée par la Grèce qui considère le nom de Macédoine comme faisant exclusivement partie de son patrimoine historique: Alexandre Le Grand est né à Pella, une ville de la province frontalière grecque portant aussi le nom de Macédoine. Athènes craint que l'usage du même nom par Skopje ne cache des velléités de revendications territoriales.

À l'ONU sous un nom provisoire

En 1993, la Macédoine est finalement admise à l'ONU sous l'appellation provisoire d'«Ancienne République yougoslave de Macédoine» (ARYM en français, FYROM en anglais).

Une large majorité de pays, dont la Russie et les États-Unis, ont depuis reconnu ce pays des Balkans sous son nom constitutionnel de «République de Macédoine».

Blocus commercial

En 1994, la Grèce impose un embargo économique à la Macédoine, interdisant notamment à ce petit pays enclavé d'utiliser le port grec de Thessalonique, sa principale voie d'échanges commerciaux.

Les autorités grecques exigent que la Macédoine renonce à son drapeau frappé du soleil de Vergina -un emblème de l'antique dynastie macédonienne et un «symbole grec» pour Athènes-, et retire de sa Constitution certains articles.

Amorce de détente

En 1995, les deux pays signent à New York un accord ouvrant la voie à une normalisation de leurs relations politiques et commerciales tout en laissant en suspens la question du nom.

Le mois suivant, ils ouvrent des bureaux de liaison dans leurs capitales respectives et le nouveau drapeau de l'ex-république yougoslave de Macédoine (où le symbole controversé a été remplacé par un autre motif ne faisant que s'en inspirer) est hissé pour la première fois aux Nations unies.

Le soutien de la Grèce à son voisin

En 2001, la Grèce, le seul pays de la région à la fois membre de l'OTAN, de l'UE et de la zone euro, affiche son soutien à son voisin en proie à un conflit armé entre forces gouvernementales et rebelles albanais. Pays multiethnique, la Macédoine abrite une importante minorité albanaise (entre 20 et 25 % de la population).

Veto grec

En 2005, la Macédoine obtient le statut de candidat à l'UE. Mais la date d'ouverture des négociations d'adhésion, qui doit être approuvée à l'unanimité, est bloquée par la Grèce.

L'ARYM privée d'OTAN

En 2008, la Macédoine se porte candidate à l'OTAN sous son nom provisoire d'«ARYM», mais se heurte une nouvelle fois au veto grec.

Les relations entre les deux pays s'enveniment avec l'érection en 2011 à Skopje d'une statue monumentale d'Alexandre le Grand, une «provocation» selon Athènes.

Tensions autour des migrants

En 2016, après la fermeture de la route dite des Balkans, Athènes accuse les autorités de Skopje d'usage excessif de la force au cours d'incidents avec des centaines de migrants qui tentaient de forcer la frontière avec la Macédoine.

La main tendue

Dès son élection, en juin 2017, le nouveau premier ministre macédonien Zoran Zaev promet d'approfondir la «bonne amitié» avec la Grèce pour trouver une «solution» à la querelle et relancer le processus d'adhésion à l'UE et à l'OTAN.

République de Macédoine du nord

Malgré une forte opposition des nationalistes, les négociations sont relancées en janvier 2018 sous l'égide de l'ONU.

Après plusieurs rencontres bilatérales, Athènes et Skopje concluent un accord historique le 12 juin pour que l'ex-république yougoslave soit rebaptisée «République de Macédoine du nord» et modifie en conséquence sa Constitution. Ce nom devra s'appliquer «erga omnes», c'est-à-dire en toutes circonstances.

mardi 12 juin 2018

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