LETTRE DE LA SEMAINE : AU REVOIR AU CHANTRE. CE N’EST QU’UN AU REVOIR… EKANG ELYS
par François Zo’omevele Effa

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Cher Frère, cher Ami, Maestro,
Tu nous as quittés, pas sans espoir, car tu chantais ce retour, celui que proclame l’Evangile, celui du Gospel. C’est le cœur ému que j’écris ces quelques lignes, sans prétention, en guise d’oraison funèbre, pour faire savoir, pour faire connaître et établir la pérennité du grand compositeur que tu as été.


Ekang Elys, tu as de ton vivant composé plus de six cents, que dis-je, sept cents chansons pour la gloire du Dieu très haut. Tu es dans la grande ligne des compositeurs populaires traditionnels spirituels qui fleurissent notre littérature, notre poésie et nos mélodies… orales. Tous les chrétiens de ton pays, quelle que soit leur obédience, connaissent au moins une ou deux de tes chansons. On les a entendues, on les fredonne. Bref, tu étais, il y a quelques semaines encore, la référence d’une bibliothèque artistique vivante.

Tout avait commencé chez toi, dans ta prime jeunesse, à Adjap-Essawo, dans ton église. Puis ce fut : tes premiers chœurs de jeunesse depuis Binyina, Sangmelima, les Gospel Singers de Messa II, les chorales de Manoa et le Groupe K de Douala, sans oublier les Ames Immortelles, les Trompettes…, on ne saurait tout citer.

Je voudrais, mon Frère, m’attarder sur l’innovateur que tu as été. Comme beaucoup de chrétiens, camerounais et africains, nous avons baigné et baignons encore, pendant nos liturgies cultuelles, dans les cantiques occidentaux que nous avons hérités des missionnaires. En ce qui concerne l’E.P.C. (l’Eglise Presbytérienne Camerounaise), ses recueils de chants contiennent les œuvres de grands compositeurs religieux comme Rochedieu Charles, les époux Roehrich, Jean-Sébastien Bach, Haendel, ou même Jo Akepsimas. Il y a eu, certes, des traductions en langues camerounaises par certains missionnaires et pasteurs camerounais à l’instar des révérends Matthias, Meye me Nkpwele, Akoa Abômô, G. Arista Staley et Dager… Puis, des adaptations rythmiques avec accompagnement d’instruments comme l’orgue et le synthé, mais surtout du « nkul », des tams-tams, des djembés, et autres…

L’africanisation de ces cantiques occidentaux est une innovation et une particularité jusqu’à ce jour dans ces églises.

Cependant, ton mérite est d’avoir composé des morceaux, des mélodies, de les avoir arrangées de façon à ce que l’auditeur y trouve la vraie résonnance d’un évangile africain.

Tu sais raconter l’histoire de Caïn et d’Abel, y remontant jusqu’au jardin d’Eden, à la manière d’un conteur de « mvet » fang. Dans tes chansons, les messages sont clairs, limpides, pleins de proverbes, pleins d’expressions idiomatiques, tes chansons sont de vrais réservoirs cultuels, culturels, lyriques… sympathiques.

Ton sens de l’improvisation était si fort, si évident, que beaucoup de tes compositions sont aussi des tas d’anecdotes racontées par tes choristes, tes compagnons, tes enfants, tes amis.

On t’accompagne ce week-end à ta dernière demeure. On n’aura que l’embarras du choix pour les morceaux, tes morceaux, que tu as composés à cet effet. Tu étais de toutes les veillées funèbres, que tu animais toute la nuit et même jusqu’à la mi-journée, accompagnant le défunt à sa dernière demeure. En ce qui me concerne, tu as accompagné mes frères, mes deux parents. Et tu es venu me prendre par la main à l’enterrement de ma mère, me mettant au milieu des choristes, en chantant, et me faisant danser.

Mon vœu le plus cher est que tes chansons puissent un jour intégrer nos cantiques officiels, notre « BIA YA KANE ZAMBE », et que nous puissions, dans nos cultes, les entonner comme les autres cantiques.

Ce n’est qu’un au revoir, te dis-je, car je suis certain, mon Frère, mon Ami, que nous nous retrouverons car, du ciel bientôt, Jésus reviendra nous chercher. Tu chantais toi-même : « NGE KRIST ASO DEN EKONE OTELE VË ».

Au revoir, et que la terre de nos ancêtres te soit légère.

François Zo’omevele Effa

vendredi 29 septembre 2017

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